Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-133

Pourquoi l’indexation des salaires est une urgence sociale et économique

Alors que l’inflation gruge le pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs, l’écart entre les prix à la consommation et les revenus s’élargit dangereusement. Selon Statistique Canada, le coût de la vie a augmenté de 13 % entre 2021 et 2025, alors que les salaires médians n’ont progressé que de 7 %. Ce déséquilibre structurel alimente une précarité silencieuse, particulièrement dans les services essentiels. Défendre une indexation automatique des salaires à l’inflation réelle n’est pas un luxe idéologique, c’est une condition minimale de justice sociale et de stabilité économique.

Contrairement au discours fataliste de certaines associations patronales, il est économiquement viable — et même souhaitable — de revaloriser les salaires. La productivité du travail au Canada a stagné ou reculé ces dernières années, mais ce n’est pas la faute des salarié·e·s : c’est avant tout le résultat de choix d’investissements, d’automatisation et d’organisation. Or, pendant ce temps, les marges bénéficiaires des grandes entreprises ont augmenté. Une étude du FMI (2023) montre que 45 % de la récente inflation globale provient non pas des coûts de production, mais des hausses de profits dans certains secteurs. Redistribuer ces gains par des salaires adaptés devient une mesure rationnelle, et non punitive.

D’autres pays ont déjà emprunté cette voie. En Belgique, un mécanisme légal d’indexation automatique des salaires à l’indice des prix à la consommation existe depuis des décennies. Résultat : bien que contesté par certains économistes orthodoxes, il a permis au pouvoir d’achat de se maintenir plus équitablement qu’en France ou au Canada. En Allemagne, les conventions collectives de branches permettent aussi des ajustements rapides. Le Canada, avec un taux de syndicalisation en baisse et une négociation fragmentée, accuse un retard évident. Et ce sont les ménages les plus vulnérables qui paient le prix.

Face à ces données, le récit patronal d’une catastrophe annoncée si les salaires suivaient l’inflation ne tient pas. Il repose sur une logique de rareté qui ne s’applique plus dans une économie post-pandémie aux chaînes d’approvisionnement stabilisées et aux bilans d’entreprise consolidés. La véritable instabilité vient aujourd’hui de l’insécurité salariale : en comprimant les revenus réels, on sabote la consommation intérieure, donc la croissance. L’inaction sur les salaires entretient un cercle vicieux de décrochage social et de montée des populismes.

Il est temps d’écouter les syndicats, non comme des voix du passé, mais comme les défenseurs pertinents d’un rééquilibrage nécessaire. Face à un modèle économique qui concentre toujours plus de richesses au sommet, l’indexation salariale est un outil modeste mais puissant pour reconnecter création de valeur et bien-être collectif. Ce n’est pas seulement une revendication sociale : c’est un impératif économique fondé sur les faits et les preuves. Car sans justice salariale, aucune relance durable n’est possible.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.