Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-70

Profits des banques canadiennes : quand la finance étouffe les ménages

Alors que l’économie ralentit et que les Canadiens peinent à composer avec le coût élevé de la vie, les six grandes banques du pays affichent des profits qui dépassent les attentes du marché. Au total, elles ont amassé plus de 20 milliards de dollars de bénéfice au quatrième trimestre 2025. Ce contraste saisissant entre la performance du secteur financier et les difficultés vécues par une grande partie de la population illustre une économie à deux vitesses, où les mécanismes de redistribution semblent fonctionner à l’envers : les épargnants sont pénalisés, pendant que les actionnaires bénéficient.

Les taux d’intérêt élevés, mis en place pour combattre l’inflation, ont certes stabilisé les prix, mais au prix d’un lourd fardeau pour les ménages. Hypothèques renouvelées à des taux record, dettes de cartes de crédit accrues, loyers inabordables : pour les Canadiens, la marge de manœuvre se réduit dangereusement. Ce contexte devrait, en théorie, affecter aussi les grandes institutions financières. Pourtant, elles tirent profit précisément de ces taux élevés, qui gonflent leurs revenus d’intérêt net. Bref, plus les Canadiens paient sur leurs dettes, plus les profits bancaires grimpent.

Cette déconnexion croissante entre la finance et la réalité sociale pose une double question : d’une part, comment les institutions financières peuvent-elles opérer presque hors sol, et d’autre part, pourquoi les politiques publiques peinent-elles à encadrer ces déséquilibres? Les régulateurs, tout comme le gouvernement fédéral, ont jusqu’ici évité toute réforme substantielle de la fiscalité bancaire ou de la réglementation sur les frais bancaires — des choix politiques, non des fatalités. Les réductions récentes de personnel dans le secteur, contrastant avec les dividendes versés, témoignent d’une priorité donnée aux marchés plutôt qu’aux travailleurs.

Au-delà des chiffres, c’est le tissu social lui-même qui s’effiloche. Une étude du Conference Board publiée cet automne révélait que 64 % des Canadiens estiment que le système économique favorise les riches. Cette perception d’injustice, renforcée par l’inertie réglementaire, alimente le cynisme à l’égard des institutions démocratiques. Quand les règles semblent conçues pour protéger les profits plutôt que les personnes, la tentation du retrait politique augmente. Une économie qui creuse les écarts alimente une démocratie fragile.

Il est temps de se poser la question fondamentale : à qui sert notre système financier? L’existence de profits n’est pas un scandale en soi; leur origine et leur répartition, oui. La Banque du Canada, Ottawa et les régulateurs disposent des leviers nécessaires pour ajuster le cap : encadrement des frais, taxation des revenus excédentaires, soutien accru aux clients vulnérables. Ce qu’il manque, ce n’est pas la marge de manœuvre, mais la volonté de rééquilibrer les priorités. Une économie durable repose autant sur la solidité des bilans comptables que sur celle du contrat social.

PARTAGER CET ARTICLE