Avec des bénéfices de 2,83 milliards $ pour les neuf premiers mois de 2025, en hausse de 30 %, Hydro-Québec confirme son statut d’actif majeur pour le Québec. Pourtant, cet afflux d’argent suscite peu de débats publics sur son utilisation. Où vont exactement ces profits? Si la société d’État reverse traditionnellement un dividende au gouvernement, les mécanismes entourant cette redistribution sont notoirement peu transparents et rarement alignés avec des objectifs de justice économique.
Une société publique comme Hydro-Québec ne devrait pas uniquement viser la performance financière, mais aussi jouer un rôle actif dans le financement d’une société plus équitable. Or, au lieu de voir les profits d’Hydro servir à appuyer des réformes systémiques — comme la lutte contre la pauvreté énergétique, le logement social ou la transition écologique — les fonds se diluent dans un budget général sans ancrage politique clair. Le manque de reddition sociale nuit ainsi à la légitimité de cette richesse collective.
En Europe, des modèles plus transparents et sociaux existent. Par exemple, l’entreprise publique autrichienne Verbund AG affecte une partie de ses gains à des investissements directs en efficacité énergétique, ciblant les ménages à faible revenu. De son côté, la Norvège utilise ses rentes pétrolières (gérées par un fonds souverain) en respectant principes d’équité intergénérationnelle et de durabilité. Ces pratiques démontrent qu’il est possible — et souhaitable — de lier bénéfices publics et impacts concrets sur le bien-être collectif.
La classe politique québécoise reste timide sur ce front. Les partis de gauche comme Québec solidaire proposent de mieux baliser l’usage du dividende d’Hydro pour financer des services publics, tandis que la CAQ privilégie la réduction de la dette et des baisses d’impôt généralistes. Peu discutent cependant d’un mécanisme précis de traçabilité ou de débat parlementaire sur l’affectation annuelle des profits. Or, en démocratie, redistribuer sans débattre revient souvent à ne pas redistribuer du tout.
En somme, les profits d’Hydro-Québec devraient être l’amorce d’une réflexion démocratique sur notre modèle de redistribution. Si notre électricité est « verte », sa gouvernance financière reste trop grise. Pour que cette richesse serve réellement tous les Québécois, il est temps d’adosser sa gestion à des objectifs clairs, mesurables et débattus collectivement. La prospérité publique mérite mieux qu’une reddition privée.





