Intelerad, fleuron tech né à Montréal, vient d’être avalé par le géant GE HealthCare pour 3,2 milliards. À première vue : un succès. En vérité : un hold-up sous stéthoscope. C’est le récit trop connu d’une ville qui invente, forme, crée… pour mieux voir partir. Ce qui est en train de partir, ce n’est pas qu’une entreprise. C’est notre avenir numérique qu’on déshabille, morceau par morceau, au profit d’intérêts privés étrangers. Encore une fois, l’État regarde partir le train – et cette fois, c’était un TGV.
Ce désancrage n’est pas un cas isolé. Connect&GO, spécialisée en solutions RFID, a elle aussi glissé hors des mains québécoises il y a quelques mois. On récolte aujourd’hui les revenus d’une décennie d’aveuglement politique, d’absence de stratégie industrielle enracinée dans le territoire, de groupes de pression qui crient à la « compétitivité » pendant qu’on privatise notre intelligence collective. Le Québec est devenu une terre d’idéation pour les profits de Wall Street. Ce n’est pas une fuite des cerveaux : c’est un vol organisé.
Les premier·ères à en subir les conséquences ? Les jeunes codeur·euses, ingénieur·es, analystes… formé·es ici avec l’espoir de bâtir demain ici. Que leur dit-on aujourd’hui ? Que leur avenir passe par l’exportation de leur talent, ou leur aliénation dans des structures où leurs idées nourrissent la machine capitaliste. Ce n’est pas un marché, c’est un piège. Et quand la recherche, souvent financée par des fonds publics, finit dans les coffres d’empires multinationaux, ce n’est pas une histoire de concurrence. C’est un détournement de bien commun.
On nous dit qu’il faut être « ouverts au monde ». Mais à sens unique, cette ouverture devient une dévoration. Nous avons besoin d’une souveraineté technologique qui rime avec solidarité, écologie, justice. Une technologie au service des communs, hébergée ici, pensée ici, gérée par les communautés ici. Il faut réimaginer la propriété numérique, casser le mythe du privé sacré, et reprendre la main. Il ne s’agit pas de fermer la porte : il s’agit de construire les nôtres, de savoir pourquoi et pour qui on les ouvre.
Exigeons des moratoires sur la vente de nos pépites stratégiques. Réclamons des conditions d’investissement ancrées dans les territoires. Que les technologies développées grâce à l’argent public servent le public. Ceci est un appel. Un cri. Une promesse à tenir : ni nos codes, ni nos cerveaux ne seront les esclaves des empires. Montréal n’est pas en vente. Elle est en veille, peut-être — mais elle va se réveiller. Et elle n’oubliera pas.





