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Rebond chinois : croissance en zone grise

Le récent retour de l’inflation en Chine, salué par les marchés comme un signe de reprise économique tant attendue, cache pourtant une dynamique plus inquiétante. Après des mois de stagnation, la hausse des prix à la consommation peut effectivement signaler une relance de la demande intérieure. Mais ce sursaut repose en grande partie sur un regain d’activité dans les secteurs lourds et polluants — acier, ciment, construction — qui contribuent pour une part disproportionnée à la croissance du PIB tout en dopant les émissions de CO2. Le réveil chinois ressemble donc moins à une mutation verte qu’à une marche arrière industrielle.

À y regarder de plus près, cette stratégie de relance témoigne aussi de la fragilité persistante du modèle économique chinois. Dépendant des investissements massifs et d’un soutien structurel à l’urbanisation et à l’infrastructure, Pékin reste prisonnier d’un schéma productiviste alimentant à la fois les déséquilibres régionaux et les inefficiences écologiques. Il manque à cette reprise le pivot vers la consommation des ménages et les services — deux secteurs pourtant cruciaux pour une stabilisation durable de l’économie. Le rebond actuel pourrait donc n’être qu’un feu de paille, au prix d’externalités environnementales majeures.

L’enjeu social n’est pas en reste. La réactivation de l’économie par le secteur secondaire bénéficie surtout aux provinces les mieux intégrées aux chaînes d’approvisionnement industrielles, laissant de côté les régions rurales et moins développées. Par ailleurs, ce sont souvent les travailleurs les plus précaires — migrants sans droits sociaux pleins — qui alimentent ces usines relancées à marche forcée. Ainsi, loin d’un redémarrage inclusif, la dynamique actuelle risque d’aggraver les inégalités internes et d’écarter encore toute perspective d’élargissement du filet social chinois, alors même que des mouvements de mécontentement s’intensifient discrètement.

Les marchés financiers, eux, se réjouissent d’un retour apparent à la stabilité macroéconomique et à la croissance nominale. Mais ce soulagement est trompeur : l’appréciation boursière repose sur une vision court-termiste, qui ignore les fragilités structurelles profondes du système. Une croissance favorable aux indices ne dit rien de sa soutenabilité, ni de son coût environnemental et social. En célébrant ce « réveil » chinois sans conditions, les investisseurs internationaux négligent leur propre exposition à un modèle en transition incomplète, voire conflictuelle.

Enfin, la trajectoire actuelle de la Chine soulève un risque global. À l’heure d’une transition climatique urgente, la plus grande économie émergente du monde demeure ambivalente — tiraillée entre objectifs climatiques proclamés et dépendance à des secteurs bruns. Si cette reprise conduit à un regain durable des émissions mondiales, elle pourrait contrecarrer les efforts collectifs actuels, voire provoquer une course aux compensations dans d’autres pays. Autrement dit, une relance polluante en Chine ne reste pas cantonnée à l’Asie : elle devient une menace systémique, économique comme écologique, pour l’ensemble de la planète.

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