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Réductions fonction publique : l’attente qui détruit le lien citoyen

Dans le hall d’un centre de services fédéral en périphérie de Montréal, le silence est presque gênant. Le tableau d’affichage clignote toujours les horaires des guichets, mais la moitié des postes sont inoccupés. Pour Audrey, agente aux passeports depuis sept ans et mère de deux enfants, les derniers mois ont été « un flou permanent ». Elle parle d’un climat d’attente délétère : « Je me lève chaque matin sans savoir si je finirai l’année avec un emploi. Et quand on est seule avec deux salaires à la maison et que l’autre est précaire, ça ronge. »

Le gouvernement a annoncé des réductions importantes dans la fonction publique, mais sans calendrier clair ni critères définis. Dans les locaux, une inquiétude palpable s’installe. Yanis, 27 ans, technicien en soutien informatique, explique : « On voit déjà des collègues partir, mais personne ne sait qui sera le prochain. On essaie de faire notre travail, mais comment rester concentré quand on doute de son avenir chaque jour ? » Ces départs affectent aussi la qualité des services : dossiers ralentis, suivis bâclés, usagers frustrés. Le public paie le prix de cette invisibilité politique.

Les compressions ne sont pas qu’une ligne budgétaire. Ce sont des femmes qui revoient leurs plans de maternité, des jeunes issus des minorités qui perdaient l’un de leurs premiers emplois stables, des malades qui craignent la fin de leur congé d’assurance salaire. Lina, 42 ans, en arrêt pour un cancer du sein, redoute que sa situation devienne une case à cocher comptable. « J’ai toujours travaillé avec cœur. Me savoir sur une liste éliminatoire simplement parce que je suis absente ? C’est violent. »

Ce qui se joue, ce n’est pas seulement l’avenir de milliers d’emplois, mais le tissu qui relie les services aux citoyens. Les usagers rencontrés parlent de réponses plus lentes, d’erreurs dans le traitement des demandes, et surtout d’un sentiment d’abandon. « On ne remplace plus les agentes d’accueil parties à la retraite. On fait des rotations. C’est comme si les gens devant nous pèsent moins que les chiffres au-dessus », confie Julie, qui travaille dans un centre d’aide à l’immigration. Cette déshumanisation rampante inquiète.

Face au silence du Conseil du Trésor, les fonctionnaires s’organisent. Meetings informels, collectifs de soutien, lettres ouvertes. Ce sont surtout des femmes, des jeunes, des racisés qui élèvent timidement la voix. « On n’a pas de tribune. Le syndicat fait ce qu’il peut, mais on sent qu’on dérange quand on évoque nos réalités », dit Fatou, 31 ans, intervenante dans une prestation sociale. Et pourtant, ce qu’on entend ici, ce sont les échos d’un État en train de se redéfinir, au risque de rompre le pacte citoyen. Derrière chaque poste menacé, il y a des vies, des familles, et un service public qui vacille.

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