Chaque été, les Feux Loto-Québec transforment le Vieux-Port en scène pyrotechnique spectaculaire, mais derrière les lumières et l’émerveillement, une autre réalité se dessine : celle des débordements, des tensions et de la violence qui éclatent dans l’espace public. Cet été 2026, un jeune homme a été violemment tabassé près du site de l’événement, et les interventions policières se multiplient. La réponse institutionnelle? Davantage de policiers, davantage de contrôle, davantage de fermeté. Comme si la répression pouvait combler le vide laissé par l’absence criant de ressources communautaires, de médiation et de prévention. On traite les symptômes en ignorant la maladie : l’abandon systémique de notre jeunesse.
Les débordements autour des Feux ne surgissent pas du néant. Ils révèlent la fragilité sociale d’une génération privée d’espaces de socialisation sûrs, de transport accessible et d’adultes présents pour désamorcer les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Les jeunes affluent vers le Vieux-Port, mais une fois sur place, ils naviguent dans un environnement où la tension monte vite : foules massives, alcool, chaleur, absence de sorties de secours relationnelles. Quand la violence éclate, elle n’est pas le signe d’une « génération perdue », mais d’un système qui refuse d’investir dans la prévention, dans les travailleurs de rue, dans les espaces de médiation communautaire qui pourraient changer la donne.
Des intervenants jeunesse le répètent depuis des années : sans présence adulte bienveillante, sans transport sécuritaire pour permettre aux jeunes de rentrer chez eux sans panique, sans lieux où décompresser avant ou après l’événement, on laisse la porte grande ouverte aux débordements. Mais qui écoute vraiment ces voix? Certainement pas les décideurs qui préfèrent brandir la matraque plutôt que tendre la main. Les jeunes eux-mêmes témoignent d’un sentiment d’abandon, d’être surveillés sans jamais être accompagnés, d’être punis sans jamais être entendus. Ce tabassage, ces interventions policières, ce sont les échos d’une société qui a remplacé le soin par la coercition.
L’espace public appartient à tout le monde, y compris aux jeunes. Mais quand cet espace devient un champ de bataille parce qu’on y investit en sécurité répressive plutôt qu’en animation sociale, on transforme la fête en piège. Les Feux Loto-Québec devraient être un moment de joie collective, pas un terrain où les corps des jeunes deviennent objets de violence ou cibles de contrôle policier. Il est urgent de repenser notre rapport à l’événementiel urbain : comment créer des conditions où la célébration reste possible sans que la sécurité devienne synonyme d’exclusion et de brutalité? Comment garantir que les jeunes puissent profiter de leur ville sans risquer leur intégrité physique ou psychologique?
La solution ne passera jamais par davantage de répression. Elle passe par l’investissement massif dans les ressources communautaires, dans les travailleurs de milieu, dans le transport en commun gratuit les soirs d’événements majeurs, dans des espaces de décompression et de médiation autour des grands rassemblements. Elle passe par l’écoute des jeunes eux-mêmes, par la reconnaissance de leur droit à occuper l’espace public sans être criminalisés. Les débordements de cet été ne sont pas une fatalité : ils sont le reflet d’un choix politique, celui de préférer la logique punitive à la prévention. Il est encore temps de changer de cap, mais cela exigera du courage — et la volonté de placer l’humain avant l’ordre.





