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Revenu de retraite garanti : un modèle universel pour la dignité des aînés

Et si personne n’avait à craindre la pauvreté en vieillissant ? L’idée d’un revenu de retraite garanti universel – un montant de base versé à toute personne âgée pour couvrir ses besoins essentiels – fait son chemin dans le débat public. Inspirée du principe de dignité pour tous, cette approche complète les systèmes de pensions existants en assurant un plancher financier. Contrairement aux régimes contributifs comme le RRQ ou le RPC, elle bénéficierait à tous, peu importe leur historique d’emploi. Le calme des chiffres derrière cette proposition mérite d’éclairer une discussion trop souvent réduite à sa charge émotionnelle.

Modéliser un tel programme pour le Québec et le Canada n’est pas une mince affaire, mais les données disponibles permettent d’esquisser certains scénarios réalistes. Si l’on fixait ce revenu garanti à 20 000 $ par an pour chaque résident de 65 ans et plus, cela représenterait environ 4,5 millions de bénéficiaires au Canada (dont environ 1,4 million au Québec). Coût brut annuel ? Environ 90 milliards $ à l’échelle fédérale, et 28 milliards $ pour le Québec si couvert seul. Mais une part importante de ce coût serait compensée par la réduction de prestations ciblées (Supplément de revenu garanti, crédits d’impôt, etc.) et par une hausse modérée et progressive de la fiscalité sur les hauts revenus et les successions.

Le financement pourrait reposer sur une réforme de la fiscalité personnelle et une meilleure progressivité du système. Des scénarios crédibles incluent une surtaxe sur les revenus supérieurs à 150 000 $, un renforcement de l’impôt sur les grandes fortunes et une harmonisation de la fiscalité des investissements. Par exemple, selon le CIRANO, une hausse de deux points du taux d’imposition marginal supérieur au Québec générerait près de 1,2 milliard $ annuellement. En combinant ces mesures, le programme devient soutenable, surtout s’il est intégré progressivement, par cohortes ou en priorisant les personnes à faibles revenus.

Des pays comme les Pays-Bas et la Suède offrent des pistes concrètes. Les Pays-Bas versent une pension universelle de base (la AOW) financée par l’impôt général, sans condition de revenu. Le Japon garantit lui aussi un revenu minimal, combiné à un système contributif. Ces exemples montrent que la viabilité dépend plus de la volonté politique que d’une « impossibilité économique ». Au contraire, en réduisant l’insécurité financière des aînés, un revenu garanti peut générer des économies indirectes : moins de pression sur le système de santé, réduction de l’isolement social et stimulation de la consommation locale.

Investir dans la dignité n’est pas une lubie idéologique, c’est un choix économique fondé. Un revenu de retraite garanti repose sur un principe simple : personne n’a choisi de vieillir, mais nous pouvons choisir le type de société que nous voulons bâtir pour tous et toutes. En combinant données fiscales rigoureuses et une volonté de redistribution équitable, une telle réforme est non seulement envisageable, mais désirable. À défaut de tout régler, elle pourrait être un solide socle de solidarité pour les générations à venir — parce que la sécurité, au fond, n’est jamais un luxe, mais un droit partagé.

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