Le gouvernement Legault a récemment annoncé une baisse des cotisations au Régime de rentes du Québec (RRQ), affirmant vouloir redonner du « pouvoir d’achat » aux travailleurs. Présentée comme un répit fiscal bienvenu, la mesure soulève pourtant de sérieuses interrogations sur la viabilité à long terme des retraites au Québec. Selon les documents budgétaires, les cotisations patronales et salariales diminueront de 0,3 % pour les revenus entre 30 000 $ et 65 000 $. Cela représente quelques centaines de dollars par année pour les travailleurs — mais potentiellement plusieurs milliards de moins dans les caisses du RRQ sur une décennie.
Derrière cette décision se cache un équilibre financier déjà fragile. Le Conseil du trésor affirme que le Fonds du RRQ reste en bonne santé, mais l’actuaire en chef du Canada mentionne que des ajustements seront inévitables d’ici 2040 pour maintenir les promesses de prestations actuelles. Autrement dit, les économies réalisées aujourd’hui par les cotisants risquent d’être compensées demain soit par une baisse des prestations, soit par une hausse des cotisations pour les plus jeunes générations. Un rapport de Retraite Québec de 2024 anticipait déjà une pression croissante sur les travailleurs de moins de 35 ans en raison du vieillissement de la population.
Pourquoi cette décision maintenant ? D’un point de vue politique, la mesure arrive à point nommé pour courtiser la classe moyenne avant les élections, dans un contexte d’inflation persistante et de grogne fiscale. Sur le plan économique, l’argument repose sur la relance de la consommation intérieure. Mais est-ce une stratégie durable, ou un report de facture électoraliste ? L’Institut du Québec souligne que les coûts différés des régimes publics peuvent être insidieux : ce qui semble être un gain à court terme peut devenir un poids structurel, particulièrement pour les générations qui n’ont pas encore leur mot à dire dans les choix budgétaires.
Une simulation réalisée par deux économistes de l’UQAM montre que, toutes choses égales par ailleurs, les personnes nées après 2000 pourraient recevoir jusqu’à 12 % de prestations de retraite en moins si la baisse de cotisations n’était pas compensée par d’autres mécanismes. Les écarts de richesse intergénérationnelle, déjà significatifs, risquent ainsi de s’accroître. Faut-il rappeler qu’au Québec, le taux de pauvreté chez les aînés est en légère remontée depuis 2020, notamment chez les femmes vivant seules ? Un allègement fiscal apparemment technocratique peut donc avoir des conséquences humaines très concrètes — et inégalement réparties.
Plusieurs experts proposent des alternatives plus équitables. Plutôt qu’une baisse généraliste des cotisations, certains suggèrent une modulation selon le revenu ou un plafonnement des avantages pour les retraités les plus aisés. D’autres plaident pour réinvestir les surplus actuels dans un fonds de stabilisation intergénérationnel. Il est temps de réfléchir à des réformes structurelles qui allient responsabilité fiscale et équité sociale. Car si un système de retraite doit offrir une sécurité pour tous, il ne peut le faire durablement en sacrifiant les droits de ceux qui arrivent après nous. Empathie, oui. Mais soutenue par les chiffres.





