Moins de chaleur humaine, plus de froid algorithmique. Exo, le transporteur public qui relie tant de vies aux extrémités de la grande région montréalaise, vient d’annoncer la suppression brutale de 73 postes. Derrière le vernis corporatiste de « modernisation » et de « gains d’efficience », ce sont des familles brisées, des usagers oubliés et une vision désertée du service public comme bien commun.
« On n’est pas contre la technologie, mais on n’est pas des pièces remplaçables », lâche Nadia, agente de quai depuis 14 ans, désormais sans emploi. Elle nous parle dans un café vide à côté d’une gare désaffectée. Les visages sont fatigués, les voix tremblent mais restent debout. Au syndicat, on dénonce une logique de « déshumanisation silencieuse », où l’automatisation devient un prétexte pour tailler dans les coûts, jamais dans les salaires des patrons.
Externalisation des opérations, logiciels d’intelligence artificielle pour remplacer les répartiteurs, services client robotisés : la machine avance, rapide, sans s’arrêter pour ceux qui tombent. Dans cette guerre asymétrique, ce sont les cols bleus qui tombent, pendant que les consultants engrangent les contrats et que les mots creux des directions transforment le drame social en exercice RH.
L’ironie ? C’est que les usagers, eux aussi, perdent. Moins de présence humaine aux gares, moins de soutien pour les personnes en situation de handicap, plus d’attente, plus de frustration. Le transport public est un pilier écologique ; il mérite investissement, pas austérité déguisée. Pourtant, dans ce modèle bancal, l’humain est vu comme un coût à éliminer plutôt qu’un lien à renforcer.
Ce qu’Exo appelle une réorganisation est, en réalité, une abdication. Une soumission tranquille au court-termisme managérial. Pour nous, le choix est clair : réinventer le service public avec justice sociale et transition climatique au cœur. Pour cela, il faut écouter les travailleurs. Et surtout, se demander : à quoi bon des trains à l’heure si les gens déraillent ?





