Ils récoltent nos fraises, construisent nos routes, prennent soin de nos aîné·es. Sans eux, l’économie québécoise titube. Et pourtant, les travailleurs étrangers temporaires – TET, trois lettres pour cacher l’exploitation – restent invisibles, interchangeables, jetables. Des vies déracinées au service des profits, appuyées sur un système migratoire conçu pour maintenir la précarité plutôt que la dignité.
Depuis que le gouvernement fédéral a osé restreindre l’accès sans fin à cette main-d’œuvre « temporaire », les pleurnicheries patronales se déchaînent. Demi-million de pertes par entreprise, criaille-t-on. Mais où sont les larmes pour ceux qui dorment à six dans des conteneurs, bossent 70 heures sous le chantage du renvoi, sans même le droit de changer d’employeur ? Le chèque est sacré, la vie humaine, subsidiaire.
Posons la véritable question : à qui profite ce modèle ? Génial pour les grandes chaînes agro-industrielles, les multinationales de la transformation, les riches propriétaires agricoles. Moins glorieux pour celles et ceux qui subissent la double violence de l’État et du capital : travailler sans pouvoir s’installer, sans recours en cas d’abus, sans filet. Un esclavagisme moderne sous étiquette bureaucratique.
Cette politique à courte vue vide les régions rurales de main-d’œuvre locale en refusant de revoir les conditions offertes. Elle alimente aussi le racisme structurel : remplacer des droits par des permis limite le sentiment d’appartenance, entretient la peur, favorise l’oppression. Le « temporaire » devient une cage, alors même que ces gens vivent avec nous, parfois depuis des années, sans espoir de régularisation.
Il faut plus qu’une réforme : il faut une transformation radicale du modèle. Régularisation immédiate. Accès aux droits syndicaux, sociaux, politiques. Fin de l’emprise patronale sur les statuts de séjour. Ces travailleurs ne sont pas des outils, ce sont des êtres vivants. Et s’ils arrêtent, tout s’arrête. Écoutons-les. S’unir à eux, c’est se battre pour un avenir juste – pour tout le monde.





