Dans une annonce aussi calibrée qu’une pub Super Bowl, Donald Trump a signé un accord pharmaceutique « historique » avec plusieurs fabricants américains. Objectif officiel : baisser les prix des médicaments pour les Américain·es. En réalité, l’annonce masque une vaste opération de charme à destination de l’électorat senior, un des piliers de sa base électorale. Le problème, c’est que derrière cette belle façade populiste se cache un système international de brevets et d’inefficacité voulue, qui continue de priver le Sud global d’un accès équitable à la santé.
Ce « deal » ne s’attaque pas à la racine du problème : la captation du savoir médical par des multinationales protégées par des accords bilatéraux taillés sur mesure, version soft power du néocolonialisme. Le slogan « America First », appliqué à la pharmacie, se traduit par une sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines — aux dépens de la production générique en Inde, au Brésil ou au Maghreb, où des laboratoires locaux voient leurs possibilités d’action limitées par des clauses de propriété intellectuelle inéquitables.
Dans l’ombre de ce spectacle électoral, on trouve des négociations opaques — et parfois brutales — entre États et laboratoires. D’après Médecins Sans Frontières, les mêmes compagnies qui consentent à des baisses de prix à Washington n’hésitent pas à faire payer le double ou le triple à des pays africains. Pire encore, les termes confidentiels de ces accords laissent peu de place à la transparence, alors que les médicaments sont trop souvent produits avec des fonds publics… puis revendus au prix fort, comme ce fut le cas avec les vaccins durant la pandémie.
À l’inverse, l’Europe tente — timidement — de moraliser le secteur. Le Canada, quant à lui, jongle encore entre son image de modèle progressiste et sa dépendance aux géants américains du médicament. En 2022, le gouvernement Trudeau a tenté de plafonner les prix des médicaments brevetés, mais sans force politique pour affronter le lobby pharmaceutique. Pendant ce temps, les États-Unis recyclent leur doctrine isolationniste au goût du jour, maquillée en défense des aîné·es — mais toujours au détriment de la solidarité planétaire.
Sous les paillettes électorales, difficile de ne pas voir dans cette « percée » pharmaceutique un coup électoral déguisé. La santé mondiale mérite mieux qu’un deal de campagne. Une réforme sincère exigerait de casser le monopole de quelques firmes et de repenser la santé comme un bien commun global — et non comme une arme de propagande à usage intérieur. Tant qu’on laisse le business primer sur les droits, aucune pilule ne sera assez amère pour guérir l’hypocrisie diplomatique.





