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Vente Banque Laurentienne: emplois supprimés et régions abandonnées

Avec la vente de la Banque Laurentienne à la Banque Scotia, l’un des derniers bastions bancaires à siège social francophone au Québec tire sa révérence. Derrière les chiffres séduisants pour les actionnaires se cache un bilan social plus sombre : 700 suppressions de poste et l’avenir incertain de 260 000 clients, souvent issus de régions déjà mal desservies. Cette transaction de consolidation s’inscrit dans une dynamique qu’on observe ailleurs dans le secteur financier : viser l’efficacité plutôt que la proximité.

Les motifs économiques invoqués par les acheteurs sont clairs — rationalisation des services, réduction des coûts, intégration technologique — mais cette logique d’optimisation se traduit sur le terrain par des pertes d’emplois et la fermeture de plusieurs points de service. Dans un contexte où l’inclusion financière reste un enjeu réel, particulièrement pour les personnes âgées ou peu technophiles, cette restructuration aggrave les fractures entre grandes villes et régions moins connectées.

Les données de la Banque du Canada confirment qu’au cours des dix dernières années, le nombre de succursales bancaires a diminué de 20 % au pays, avec une chute encore plus marquée au Québec. Cette centralisation accrue fragilise l’offre concurrentielle et consolide encore davantage le pouvoir des cinq grandes banques, dans un marché déjà oligopolistique. Pour les consommateurs, cela signifie moins de choix, des frais possiblement plus élevés et un service souvent déshumanisé.

Du côté de l’Etat, les régulateurs fédéraux n’ont guère montré de volonté de freiner cette tendance. L’absence d’un véritable filet public — comme un programme de reconversion ciblée pour les employés licenciés ou des incitatifs à maintenir une présence bancaire régionale — laisse le champ libre aux logiques boursières. L’intérêt collectif, notamment en matière de cohésion territoriale et d’accès aux services essentiels, est relégué au second plan.

Quand une banque locale disparaît, c’est plus qu’un sigle qui s’efface : ce sont des relations client de proximité, une forme de capital social, qui disparaissent. Il est temps de repenser les règles du jeu pour que l’optimisation financière n’annihile pas les besoins fondamentaux des citoyens. Une économie au service des gens ne devrait pas considérer 700 emplois comme une simple ligne comptable.

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