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Voler le vert : quand Québec finance l’asphalte avec l’avenir

On pensait que le Fonds vert était là pour préparer le monde de demain — décarboné, solidaire, respirable. Mais Québec vient tout juste de le transformer en tiroir-caisse pour bitume. 1,8 milliard de dollars réorientés pour grossir les réseaux routiers : bienvenue dans le greenwashing inversé, cette perversion bureaucratique qui repeint le gris des autoroutes aux couleurs de l’écologie. C’est non seulement une gifle au bon sens environnemental, c’est une manœuvre politique cynique enveloppée dans une rhétorique de « modernisation ».

Le Fonds vert est censé aider à atteindre nos cibles climatiques — financement de transports en commun massifs, électrification, transition juste. Alors que le GIEC pousse des cris d’alarme et que les incendies redessinent déjà la géographie de nos saisons, le gouvernement Legault décide de siphonner ce levier crucial pour bétonner un peu plus le territoire. L’auto solo devient une priorité d’État, pendant que les autobus bondés et les trains fantômes desservent à peine les quartiers populaires.

« C’est un recul honteux, et extrêmement préoccupant », tranche Mélissa Boivin du collectif Mères au Front. « On nous avait promis une vision verte, mais on finance exactement ce qui empire la crise climatique. » Du côté d’Équiterre, son porte-parole parle carrément de sabotage organisé : « Détruire l’avenir sous prétexte de fluidifier le trafic d’aujourd’hui, c’est indigent. » Sur les plans social et environnemental, c’est l’équivalent de creuser une tombe puis y enterrer la politique climatique du Québec — vivante.

François Legault avait promis, main sur le cœur et discours truffé de feuilles vertes, que son gouvernement allait être « un leader en matière de transition énergétique ». Mais il choisit l’autoroute, pas la voie collective. Cette décision n’est pas une erreur technique, elle est idéologique : reproduire un système basé sur la dépendance à la voiture, à l’étalement urbain, à l’individualisme motorisé. Face à l’urgence, ils construisent du trafic là où on criait pour du transport.

Ce détournement de fonds traduit une infidélité fondamentale au mandat environnemental. Il prouve que sans pression populaire, les puissances en place vendront toujours le futur au kilo de bitume. Ce matin, encore une promesse brisée fume sous les pneus de l’inertie. Ce n’est pas une réaffectation budgétaire — c’est un pillage climatique. Quand le béton avance, c’est notre espoir qui recule. Et tant qu’on n’arrache pas le volant des mains des bétonneurs, c’est la route droit vers l’abîme.

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