Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-52

Zohran Mamdani, l’homme qui fait trembler l’ordre

Le 5 novembre au soir, Manhattan a connu un petit séisme politique : Zohran Mamdani, fils d’immigré ougandais-indien et fervent défenseur du socialisme new-yorkais, est devenu maire face à une machine démocrate ronronnante. À 33 ans, cet ancien travailleur social et membre du Democratic Socialists of America (DSA) a surfé sur une vague de mécontentement urbain — loyers, violences policières, racisme structurel — pour imposer une gauche que certains avaient cru enterrée avec Bernie Sanders. Dans un climat hanté par les guerres culturelles et les préjugés de l’après-Trump, sa victoire a fait sortir les trolls du bois, et pas seulement sur X.

Depuis son élection, une campagne de désinformation féroce l’accuse — à tort — d’avoir des affiliations avec le groupe État islamique. L’accusation ? Un tweet sorti de son contexte, des appuis venus de cercles musulmans new-yorkais, et une vidéo trafiquée diffusée sur Telegram. Le “scoop” a été relayé sans vérification par quelques tabloïds canadiens et un YouTuber d’extrême droite d’origine indienne, aussitôt repris par Fox News. D’après le Center for Countering Digital Hate, il s’agit d’un mode opératoire bien rodé qui transforme tout élu racisé et progressiste en “danger civilisationnel”. On joue sur la peur, on recycle l’arsenal islamophobe post-11 septembre, mais version TikTok.

Ce qui arrive à Mamdani n’est pas exceptionnel — c’est un effet miroir de notre présent global. En Europe, les colistiers musulmans et les syndicalistes sont régulièrement ciblés comme “ennemis de la République” ; en Inde, c’est devenu une doctrine d’État sous Modi et le BJP : criminaliser la gauche, islamiser la critique sociale, et désarticuler tout discours d’égalité. Au Québec, des éditorialistes brandissent déjà Mamdani comme exemple du “péril immigrant-socialiste”, à utiliser lors des futures élections provinciales. Le spectre du socialisme multiethnique les fait trembler autant que le climat déréglé.

En réalité, ces attaques révèlent une anxiété beaucoup plus large : celle d’un système en perte de légitimité face à des alternatives ancrées dans les solidarités, pas dans le profit. Comme le dit souvent Mamdani lui-même : “Ils veulent que nous ayons peur. Peur de notre voisin, peur de l’avenir. Mais ce que je propose, c’est le courage de s’organiser ensemble.” Insécurité économique et politique vont de pair avec l’obsession sécuritaire. Et la haine du socialisme s’exporte aussi bien que l’inflation.

À l’heure du backlash autoritaire qui traverse continents et algorithmes, Mamdani incarne un autre possible. Non, ce ne sont pas les minorités visibles et organisées qui menacent nos sociétés — ce sont les élites confortablement installées qui veulent les garder invisibles. L’hostilité subie par cet élu rappelle à tous que la justice sociale n’est jamais offerte, mais arrachée. Et comme on le voit du Bronx à Bombay, la frontière entre violence locale et système global est plus poreuse que jamais.

PARTAGER CET ARTICLE