Devant les portants colorés d’une friperie de quartier, Camille, mère de deux enfants, soupire en consultant un énième étiquette. « Ces bottines, elles ont déjà été utilisées, déjà payées. Pourquoi je dois encore ajouter des taxes ? » Dans les quartiers populaires de Montréal, les friperies pour enfants ne sont pas seulement un lieu d’achat : ce sont des refuges économiques, sociaux, affectifs. Pourtant, ces lieux solidaires subissent la même pression fiscale que des commerces de luxe. Et les familles qui y trouvent un peu de répit, elles, écopent aussi.
Le coût de l’enfance ne cesse de grimper, une réalité qui frappe de plein fouet les foyers modestes. Quand nourrir, loger, inscrire au sport un enfant devient un casse-tête, habiller ses petits à moindre coût relève souvent du système D. Karima, éducatrice et mère solo, explique : « Entre les lunchs, les fournitures, les bottes d’hiver… la friperie, c’est mon plan A. Mais avec la taxe, ça devient presque aussi cher qu’un rabais dans un grand magasin. C’est absurde. »
Ce système fiscal questionne l’équité à l’heure où 1 enfant sur 5 vit sous le seuil de la pauvreté au Québec. Taxer des vêtements déjà vendus, issus de dons bénévoles, dans un contexte où la précarité s’enracine, revient à pénaliser la solidarité. « Je ne fais pas ce commerce pour m’enrichir, je rends un service », soutient Lucie, responsable d’une friperie communautaire. « Mais les charges, les taxes… Elles nous étouffent. Et c’est les familles qu’on dessert qui en souffrent le plus. »
Les impacts ne sont pas seulement économiques. L’imprévisibilité des finances ronge la santé mentale parentale, souvent portée par les mères qui, statistiques à l’appui, assument encore l’essentiel de la charge éducative. « On parle de charge mentale, mais on oublie le stress de ne pas savoir si on pourra payer le manteau du petit », partage Élodie, jeune maman. Dans chaque pile de linge trié, il y a une forme de soin, un acte de care qui mérite d’être soutenu — pas sanctionné.
Face à cette réalité, des initiatives citoyennes émergent : échanges entre voisins, groupes de troc en ligne, bancs d’habits dans les écoles. Ces gestes d’entraide forgent une micro-économie circulaire, portée par les femmes, par le lien social. Et si on regardait ces friperies non comme des commerces banals, mais comme des relais de solidarité? Réfléchir notre fiscalité à hauteur d’enfant, c’est aussi reconnaître que derrière chaque t-shirt usé, il y a une famille qui essaie juste de s’en sortir.





