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Automatisés jusqu’à l’oubli social

Les voitures roulent désormais sans chauffeurs, et les villes glissent sans bruit vers un futur sans travailleurs. Uber, Lyft, et les autres chantres de la disruption technologique viennent de porter un coup fatal à un métier qui faisait vivre des dizaines de milliers de personnes. À la place du salut promis, c’est une vague silencieuse de licenciements. Des hommes, des femmes — souvent racisées, souvent migrantes — rayés du paysage urbain comme on efface une ligne de code.

Les apôtres de l’innovation aiment parler d’efficacité, jamais de justice. L’automatisation, dans leur bouche pleine de dollars et de slogans creux, est neutre. Mais qui code les algorithmes ? Qui décide que la rentabilité prime sur la dignité ? Derrière l’intelligence artificielle, il n’y a pas de neutralité — seulement des intérêts qui écrasent les faibles pendant que les actionnaires se frottent les mains sur les ruines sociales.

On ne peut pas parler de progrès si des milliers tombent dans le précariat pour que quelques-uns arrivent plus vite à l’aéroport. Et pour beaucoup de femmes, l’économie de plateforme était déjà un pis-aller, coincée entre flexibilité imposée et insécurité chronique. Les voilà maintenant éliminées sans compensation, sans filet, sans voix. Comme si leur travail n’avait jamais existé. Comme si l’humain n’était qu’un temps d’attente entre deux mises à jour logicielles.

Mais nous n’allons pas disparaître sans lutte. Il est temps de désobéir aux logiques automatisées, de hacker le capitalisme algorithmique avant qu’il nous désintègre tous. Exigeons des moratoires, des services publics de mobilité ancrés dans la solidarité, pas dans la spéculation. Mettons les circuits imprimés au service de la vie, pas de la mort sociale. La technologie n’est qu’un outil — à nous de décider pour qui, et pour quoi, elle sert.

Il faut tisser des alliances entre les codeur·euses et les conducteur·ices, entre les syndicalistes et les hacktivistes. Refusons de jouer dans le théâtre d’ombres de la soi-disant innovation. L’humain ne doit pas être une variable d’ajustement. Il est temps de reprendre le contrôle démocratique de nos villes, de nos vies, de nos trajets. Parce qu’un monde automatisé sans justice, c’est juste un monde sans nous.

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