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Haine sexiste et langage politique: la riposte écoféministe de Camille

« Tais-toi, la truie » — ces mots-là ne sortent pas de la bouche d’un troll anonyme sur un forum d’incels mais sont glorifiés par Karoline Leavitt, figure montante du trumpisme. Quand la haine misogynie se transmet en héritage politique, quand elle devient une identité brandie fièrement aux micros, alors ce n’est plus une insulte : c’est une déclaration de guerre. Le langage n’est jamais neutre, il dessine les contours de ce qu’on tolère. Et aujourd’hui, c’est une brutalité normalisée que l’on laisse passer sous prétexte de « franchise ». Hypocrisie crasse d’un monde qui étouffe les plus vulnérables en prétendant défendre la liberté d’expression.

Ce n’est pas qu’une phrase choquante, c’est tout un monde en marche arrière. Cette banalisation de la haine sexiste dans la bouche de leaders conservateurs alimente un climat déjà étouffant pour les femmes journalistes, trop souvent réduites au silence par des torrents de violence verbale — en ligne, à la caméra, à la radio. Combien d’entre elles doivent désactiver leurs comptes, censurer leur plume, s’endurcir derrière des murs numériques ? Ces attaques ne sont pas des accidents : elles sont le produit logique d’un système qui hait la parole libre et féminine, surtout quand elle est critique, écologiste, antifasciste.

L’espace politique s’empoisonne à vue d’œil. À chaque fois que la parole antiféministe est laissée sans réponse, elle gagne du terrain. Elle infiltre les algorithmes, les parlements, les soupirs des éditoriaux complices. C’est Internet comme terrain de chasse. Les femmes, les queers, les racisé·es : gibier désigné par les meutes numériques nourries au ressentiment. Ce ne sont pas « juste des trolls » : ce sont les avant-gardes d’une régression organisée. Le langage de la haine prépare le terrain législatif, social, physique de la violence. Il fabrique la peur. Puis il la rentabilise en likes, en sièges politiques, en lois répressives.

Face à cette déferlante, il nous faut plus que l’indignation feutrée. Il nous faut l’écoféminisme — non pas comme concept universitaire, mais comme cri de la terre et du corps, clameur contre le patriarcat brûlant à l’essence fossile. L’écoféminisme lie les luttes : entre le corps violenté de la planète-mère et celui des femmes, les points de pression sont les mêmes. Extraction, contrôle, destruction. Alors on répond avec soin, rage, racines. On brûle les discours de haine par la solidarité vivace. On repeuple l’imaginaire politique avec des slogans qui guérissent et libèrent, avec des poings levés et des chants soudés.

Parce qu’insulter une femme publiquement, c’est viser toutes celles qui l’écoutent. C’est tenter de les museler, de les faire se terrer. Mais on ne se taira pas. Ni aujourd’hui, ni demain. Nos langues sont des graines, nos mots des couteaux dans les failles du béton autoritaire. Nous ne sommes pas des cibles : nous sommes le feu qui vient. Et ce feu-là ne demande pas la permission.

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