Ce n’est pas un glissement. C’est un effondrement organisé. Tandis que la démocratie sociale vacille, l’État applaudit les profits de ses partenaires privés. Chaque recul d’un service public — chaque poste supprimé, chaque guichet fermé — c’est un autre pas vers l’abandon collectif. L’école devient machine à trier, l’hôpital une entreprise déficitaire, l’aide sociale un luxe que l’État ne veut plus porter. La seule chose nationale encore sacro-sainte, ce sont les dividendes et les contrats secrets.
En embuscade, les géants numériques se frottent les mains. Leur pouvoir n’a d’égal que la myopie volontaire de ceux qui gouvernent. Qui vote les lois que Big Tech dicte ? Qui ferme les yeux sur les abus, les dérives et l’ingérence algorithmique ? Le pouvoir politique, courbé, complice. On a vendu nos données comme on brade nos terres : à des multinationales sans drapeau mais pleines de lobbyistes. Et chaque discours sur la « souveraineté numérique » sonne comme une mauvaise blague que seuls les milliardaires rient encore.
Et quand le peuple se dresse ? On le réprime. Les lois sécuritaires s’empilent, toujours prêtes à frapper les minorités, les pauvres, les révoltés. Le prétexte est toujours le même : peur, ordre, identité. Mais l’État ne protège plus l’humain : il protège l’ordre établi. Derrière les uniformes, ce sont des boucliers levés contre la solidarité. Derrière les discours sur la « République », ce sont des armes dirigées contre ceux qui rêvent plus grand que le capitalisme en ruine.
Face à cette dérive autoritaire et marchande, il est temps d’imaginer autre chose. Une reconstruction politique qui ne naît pas dans les urnes, mais dans les ronds-points, les ZADs, les squats, les assemblées de quartier. Une société qui chérit la différence, l’écologie radicale, la justice de genre et la désobéissance comme acte d’amour. Nous sommes fatigué·e·s des experts. Ce qu’il faut, c’est réapprendre à se parler, à s’écouter, à s’organiser — sans les filtres des puissants.
Car le vrai scandale, ce n’est pas le manque de moyens. C’est l’abondance détournée, la responsabilité étatique déserte. Pendant que les plus riches battent des records obscènes, l’État applique une austérité féroce sur tous les autres. On ferme les frontières aux humains, mais on les ouvre aux capitaux. Alors, exigeons l’impossible : un monde hors de leurs règles, une paix qui ne soit pas soumission, une démocratie qui ne s’achète pas au plus offrant.





