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Avi Lewis et la gauche post-nationale au Québec

Quel drôle de retournement pour le Nouveau Parti démocratique : au moment où le Canada semble glisser vers le centre technocratique de Carney et la logique comptable de Legault, c’est du Québec que pourrait renaître une gauche audacieuse — et c’est Avi Lewis, documentariste engagé et héritier d’un pan de l’histoire socialiste canadienne, qui en prend le pari. Le fils spirituel de la critique alter-mondialiste se présente à la direction du NPD avec une ambition bonnement québécoise : unir les fronts progressistes, de Rimouski à Burnaby, en passant par les luttes territoriales autochtones et les mobilisations pour le climat.

À ceux qui pensaient que l’hémisphère fédéral ne pouvait plus contenir de projet social d’envergure, Lewis répond par un discours tranchant : non au néolibéralisme déguisé en pragmatisme, non à la spéculation peinte aux couleurs de la croissance verte. En ciblant à la fois Mark Carney — le banquier messianique de l’establishment libéral — et François Legault — incarnation provinciale de l’austérité qui parle fort — Avi Lewis s’attaque à une certaine idée de la politique rentable, celle qui compte les points au lieu de compter les vies.

Mais ce n’est pas qu’un rejet : c’est une proposition. Et la proposition est ambitieuse. Lewis parle d’un « contrat social fédéral d’équité » — un plan interprovincial de justice sociale qui inclurait un revenu de base, une transition écologique pilotée par les communautés, et une reconnaissance accrue du travail de soin. Avec le soutien de groupes comme Climate Action Network et Migrant Workers Alliance, il cherche à rassembler sous une même bannière les luttes parfois compartimentées : environnement, antiracisme, logement, et dignité au travail.

Du côté québécois, la réponse est contrastée, mais pas indifférente. Des réseaux militants comme Québec solidaire ou La Riposte socialiste saluent un ton nouveau venu du ROC (Rest of Canada), loin du paternalisme fédéral. Certains y voient enfin une tentative sérieuse d’inclure la spécificité francophone dans le projet pancanadien de justice. D’autres, plus sceptiques, rappellent à Lewis qu’on ne décrète pas une alliance : elle se construit par l’écoute, pas par les slogans. Mais dans une province épuisée par les promesses creuses et les politiques identitaires, l’offre a de quoi intriguer.

La campagne d’Avi Lewis soulève une vraie question : à quoi pourrait ressembler une gauche post-nationale au Canada ? Une gauche qui, sans nier les identités culturelles, les dépasse en misant sur la solidarité concrète et le partage des ressources. Une gauche qui comprend que les frontières administratives n’arrêtent ni la crise du logement, ni la colère des jeunes, ni la montée de l’extrême droite. En misant sur le Québec, Lewis tente une synchronisation inédite entre les marges et le centre, entre l’histoire socialiste anglo-canadienne et les aspirations progressistes francophones. Le pari est risqué — mais nécessaire. Et surtout, il court dans les deux sens.

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