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Quand la place de la culture devient un angle mort politique

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans les excuses hésitantes et tardives de Paul St-Pierre Plamondon adressées au milieu culturel. Comme un éclairage indirect sur la fausse neutralité du politique, cette reconnaissance fait entendre non pas une véritable réhabilitation de la culture dans notre démocratie, mais le bruit sourd d’un malentendu persistant. Quand on s’excuse sans vraiment comprendre l’objet de la faute, on ne répare rien — on révèle une cécité. L’ignorance du rôle civique et symbolique de l’art n’est pas seulement une lacune personnelle : elle est symptomatique d’un déficit d’intelligence collective.

La culture, au-delà des budgets, des galas ou des festivals, est une infrastructure invisible de la démocratie. Elle tisse depuis les marges les imaginaires partagés, balaie le terreau du consentement, façonne ce qui reste possible. Oublier que les artistes sont des travailleurs, les institutions culturelles des lieux de respiration sociale, c’est se priver d’un contrepoids fondamental face aux logiques technocratiques et marchandes. Chez PSPP, comme chez d’autres, persiste ce fantasme de la neutralité politique de la culture — comme si les livres, les chansons, les pièces, les films n’étaient que divertissement hivernal, et non des formes de lutte douce contre le désespoir ou la solitude.

Cette maladresse soulève une question plus vaste : pourquoi les décideurs s’acharnent-ils à maintenir un rapport instrumental, presque méprisant, à la production artistique? S’il est justifié d’exiger rigueur et transparence de la part des institutions culturelles subventionnées, il est tout aussi nécessaire d’exiger des élus une compréhension sensible des conditions de travail réelles des gens qu’ils prétendent encadrer. La précarité endémique, l’isolement, mais aussi l’intensité du don de soi dans les métiers de l’art échappent trop souvent aux devis, aux bilans, aux promesses creuses. La critique doit porter ici non pas sur une seule déclaration mal formulée, mais sur une structure d’oubli délibéré.

Revaloriser la culture n’implique pas seulement de mieux financer les arts — encore faut-il les écouter. Cela veut dire entendre ce que disent les créateurs sur notre époque, sur nos peurs, sur nos départs, sur nos illusions perdues. Cela veut dire reconnaître le rôle de miroir, souvent déformant mais toujours nécessaire, que joue la culture dans une société asphyxiée par le bruit de ses propres algorithmes. Elle est espace d’indiscipline, de contradiction, d’intuition — autant de qualités que la politique contemporaine regarde d’un œil soupçonneux quand elle ne cherche pas à les anéantir dans le formalisme des cadres comptables.

En fin de compte, cette “excuse” du chef péquiste est moins le signe d’un apaisement réel avec les milieux culturels que la preuve d’une fracture intellectuelle plus vaste. Tant que nos leaders continueront de reléguer les mots, les images et la mémoire au rang de luxes symboliques, leurs gestes resteront vides. La culture n’est pas un supplément d’âme : elle en est le cœur battant. Reprendre en main le sens de notre démocratie commence peut-être par là — retrouver l’humilité d’écouter ceux qui, dans le silence d’une salle de théâtre ou la rumeur d’un poème, résistent à l’effacement.

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