Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-195

Dépassement budgétaire municipal : le béton doré coûte cher aux citoyens

Chaque année, les villes du Québec planifient, budgétisent et construisent trottoirs, centres communautaires et pavillons municipaux. Mais à mesure que les grues montent, les factures dérapent. Selon une enquête récente, près de 80 % des projets d’infrastructure dans la région métropolitaine dépassent leur budget initial, parfois du double. Ce n’est plus l’exception : c’est devenu la norme. Et pourtant, ces dépassements passent souvent inaperçus derrière le langage technique des conseils municipaux. Pour une démocratie municipale saine, il faut reconnaître que cette opacité budgétaire mine la confiance des citoyen·nes et a un coût social réel.

Les faits sont clairs : selon les chiffres compilés par La Presse, le surcoût moyen par projet est de plusieurs centaines de milliers de dollars. En cause, des prévisions peu rigoureuses, des appels d’offres mal calibrés, et parfois une complaisance structurelle devant les intérêts de certaines firmes. Le plus grave ? Ces sommes ne tombent pas du ciel. Elles sont prises à même les fonds que nous finançons collectivement, soit par la dette, soit par les taxes. Dans les deux cas, c’est une redistribution inversée : les ménages à revenus modestes paient proportionnellement plus pour des prestations qu’ils utilisent souvent moins.

Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent — citoyens, élus minoritaires, fonctionnaires intègres — pour réclamer des audits indépendants systématiques des grands projets municipaux. Ce n’est ni du populisme ni de l’hostilité envers l’investissement public : c’est la condition minimale pour garantir que chaque dollar dépensé serve l’intérêt général. Des villes comme Toronto ou Oslo ont déjà implanté des bureaux d’audit indépendants avec pouvoir contraignant. Le Québec pourrait s’en inspirer.

Ce débat est aussi l’occasion de poser une question plus large : à quoi devrait servir l’argent public ? Quand des luxueux centres multisports absorbent 20 millions de dollars, pendant qu’on coupe des budgets dédiés au logement social ou à l’accès aux loisirs pour les jeunes en milieu défavorisé, un choix de société se dessine. Que priorise-t-on ? Le béton visible ou les besoins invisibles ? Les investissements doivent être orientés non seulement selon des critères d’ingénierie, mais aussi en fonction d’indicateurs sociaux et d’équité territoriale.

Construire mieux ne veut pas dire construire plus cher. Cela signifie planifier plus intelligemment, rendre des comptes plus rigoureusement et penser plus collectivement. Derrière chaque trottoir surfacturé se cachent des opportunités perdues pour financer des repas scolaires, des bibliothèques ou des services de proximité. À moyen terme, une gouvernance municipale fondée sur la transparence, l’évaluation et la justice budgétaire est non seulement souhaitable — elle est indispensable.

PARTAGER CET ARTICLE