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Pourquoi l’industrie automobile canadienne a échoué

En 2025, le Canada demeure l’un des rares pays industrialisés à ne pas posséder sa propre marque automobile. Cela peut sembler anodin dans un marché mondialisé, mais cette réalité repose sur des choix politiques et économiques remontant au milieu du 20e siècle. Dès les débuts de l’automobile, le pays a misé sur l’intégration avec les États-Unis plutôt que sur le développement d’une industrie nationale, renforcée par l’Accord de l’automobile de 1965. Ce pacte a permis aux usines ontariennes de produire en masse pour le marché nord-américain, mais toujours sous les bannières de marques étrangères.

Cette dépendance historique aux géants américains comme GM, Ford et Stellantis a eu deux effets pervers : elle a dissuadé la création d’un constructeur local et elle a rendu l’industrie nationale vulnérable aux mouvements stratégiques de ces multinationales. Lorsque Detroit éternue, Windsor attrape froid. Chaque fermeture d’usine rappelle la faiblesse structurelle d’une filière conçue pour servir d’autres intérêts que les siens. Contrairement aux choix protectionnistes ou interventionnistes de pays comme la Corée du Sud — berceau de Hyundai — ou la Chine avec BYD, le Canada a longtemps privilégié un libre-échange qui l’excluait subtilement des cercles de décision technologique et industrielle.

Ce contraste est d’autant plus saisissant quand on examine les politiques industrielles de ces pays. La Corée du Sud a soutenu ses constructeurs par des subventions, un accès favorisé au crédit, et des normes intérieures conçues pour les protéger de la concurrence étrangère. La Chine, elle, a imposé des coentreprises aux fabricants occidentaux, ce qui a permis un transfert de connaissances technologiques. Le Canada, quant à lui, a laissé libre cours au marché, sans véritable stratégie de développement autonome. Le résultat : une chaîne de valeur dominée par des filiales, peu de centres de décision locaux, et un déficit de souveraineté industrielle.

Les conséquences sont multiples. En plus de rater les retombées économiques liées à la propriété intellectuelle, aux profits rapatriés et à la consolidation d’un savoir-faire local, le Canada peine à s’imposer dans les nouvelles chaînes de valeur vertes de l’électrification. Malgré des réserves stratégiques de minéraux critiques et des investissements dans l’assemblage de batteries, aucune entité canadienne ne contrôle l’ensemble du processus. Si le secteur automobile reste un employeur majeur, son avenir dépend encore des choix faits à l’étranger — une situation risquée dans un contexte géopolitique tendu et d’accélération des transitions énergétiques.

Rien n’est irréversible. Le virage vers les véhicules électriques et intelligents ouvre une fenêtre pour redéfinir une politique industrielle canadienne ambitieuse. Cela implique des choix clairs : soutenir des champions locaux, investir dans l’innovation, articuler les efforts fédéraux et provinciaux, et exiger des contreparties plus fortes des partenaires internationaux. Ce ne sera ni rapide ni facile, mais continuer à sous-traiter notre avenir industriel est un luxe que le Canada ne peut plus se permettre. À l’heure de la réindustrialisation verte à l’échelle mondiale, miser sur une vision locale, ancrée dans les capacités canadiennes, pourrait enfin marquer un virage historique.

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