La candidature de Kevin Hassett à la tête de la Réserve fédérale américaine arrive à un moment charnière, marqué par le retour potentiel de Donald Trump à la Maison-Blanche et une polarisation accrue des institutions économiques. Hassett, ancien conseiller économique de Trump, a promis de préserver l’indépendance de la Fed, mais son passé et ses liens politiques soulèvent de légitimes interrogations. Plus qu’un simple débat technique, cette nomination reflète un affrontement idéologique entre une banque centrale perçue comme technocratique et des forces politiques désireuses de reprendre le contrôle de la politique monétaire au service de leurs objectifs électoraux.
Le discours de Hassett sur l’indépendance de la Fed semble en contradiction avec les intentions exprimées par certains alliés républicains, qui veulent que la banque centrale réduise drastiquement ses taux pour stimuler la croissance avant les élections. Ce paradoxe pose un sérieux dilemme démocratique : dans quelle mesure une institution aussi centrale que la Fed peut-elle fonctionner sans surveillance démocratique, tout en restant à l’abri des pressions partisanes ? À trop s’isoler, elle risque de perdre sa légitimité ; à trop céder, elle devient un instrument de la politique du moment.
Historiquement, les décisions monétaires de la Fed ont eu des répercussions profondes sur l’inflation, les salaires et l’emploi. La période post-pandémique en a offert une démonstration saisissante : les hausses de taux destinées à contrôler l’inflation ont contribué à ralentir la croissance des salaires réels, notamment pour les travailleurs des services et les jeunes diplômés. Dans ce contexte, une Fed inféodée à des considérations électorales risquerait d’accentuer l’instabilité sociale, en rendant les gains salariaux encore plus précaires et inéquitables.
Ce basculement autoritaire de la politique monétaire aurait aussi des effets indirects sur les services publics. Si le retour de déficits creusés par des baisses d’impôts conduit à des appels à l’austérité, l’éducation, la santé et les infrastructures pourraient de nouveau faire les frais d’une politique budgétaire dictée par les marchés plutôt que par les besoins sociaux. Le modèle de croissance promu par Hassett dans le passé – basé sur les incitations fiscales aux entreprises – a déjà montré ses limites en matière d’équité et de soutenabilité.
Face à ces enjeux, il est temps de rouvrir sérieusement la question de la démocratisation de la Fed. Cela ne signifie pas de la mettre aux ordres d’un président en quête de réélection, mais plutôt d’y injecter plus de transparence, de redevabilité et de pluralisme économique. Des voix, souvent marginalisées, plaident pour une politique monétaire inclusive, soucieuse de plein emploi et de justice sociale. C’est à ces voix qu’il faut désormais prêter l’oreille, pour éviter que la Fed ne devienne l’arrière-cuisine d’une politique économique élitiste et court-termiste.





