Au Canada, le taux d’emploi des personnes âgées de 75 ans et plus a plus que doublé en deux décennies, passant de moins de 4 % en 2003 à près de 9 % en 2023, selon Statistique Canada. Si certains reviennent au travail par choix, une majorité le font par nécessité. Ce phénomène soulève des questions fondamentales sur la viabilité de notre système de retraite : pourquoi, dans une économie développée, des octogénaires doivent-ils encore travailler pour joindre les deux bouts?
Malgré les piliers traditionnellement considérés solides – Régime de pensions du Canada (RPC), Sécurité de la vieillesse (SV) – les revenus publics de retraite ne suffisent plus. L’inflation, particulièrement dans les secteurs de l’alimentation et du logement, a érodé le pouvoir d’achat des aînés. En 2024, un couple de retraités vivant uniquement des prestations publiques cumulait environ 33 000 $ par an, bien en deçà du seuil de faible revenu au Canada. Ce désajustement est surtout visible chez les femmes seules, les personnes racisées et les locataires urbains.
À cette précarité s’ajoute un paradoxe économique : les fondations privées détiennent aujourd’hui plus de 110 milliards de dollars d’actifs au Canada, dont une portion minime est redistribuée chaque année. Une réforme fiscale qui obligerait ces structures – souvent exemptes d’impôts – à mobiliser davantage leurs avoirs pour des causes sociales prioritaires, comme le revenu de retraite universel, serait à la fois pragmatique et équitable. L’idée n’est pas de punir, mais de rétablir une logique de solidarité intergénérationnelle adaptée au 21e siècle.
Des scénarios circulent déjà dans les cercles budgétaires : élargir le Supplément de revenu garanti, créer une allocation universelle de retraite ou même fusionner les programmes actuels en un revenu plancher unique directement indexé sur le coût de la vie réelle. Combinée à une taxation progressive accrue sur les héritages supérieurs à 5 millions de dollars, cette réforme serait finançable dès 2026, selon une projection du Bureau parlementaire du budget publiée en octobre dernier. Il s’agirait d’un investissement dans la stabilité sociale d’un pays vieillissant.
À l’étranger, la Finlande, les Pays-Bas et la France démontrent que des systèmes de retraite généreux sont non seulement possibles, mais bénéfiques pour l’économie locale grâce à la consommation soutenue des aînés. Si le Canada souhaite éviter une crise sociale silencieuse où ses aînés deviennent des travailleurs invisibles, une réforme fiscale combinée à une vision du vieillissement digne et inclusive s’impose. C’est à la croisée de la compassion et de la rigueur budgétaire que nous garantirons à chacun le droit fondamental à une retraite véritable.





