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Quand Trump menace l’indépendance de la Fed

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump multiplie les attaques contre la Réserve fédérale américaine, qu’il accuse de nuire à l’économie en maintenant des taux d’intérêt trop élevés. Derrière cette rhétorique populiste, souvent répétée lors de ses rassemblements électoraux, se cache une stratégie dangereuse : faire pression sur une institution cruciale, censée rester indépendante, pour en faire un levier politique. Ce n’est pas la première fois que Trump critique la Fed — son mandat présidentiel en fut jalonné — mais les signaux actuels sont plus alarmants encore, car ils s’inscrivent dans une campagne marquée par la défiance envers toutes les institutions.

La menace n’est pas seulement économique, elle est démocratique. Car une banque centrale indépendant n’est pas un luxe technocratique : c’est un rempart contre les cycles électoraux qui pourraient mener à des politiques monétaires court-termistes, motivées par des besoins de popularité au détriment de la stabilité des prix et de la confiance des marchés. Des recherches du FMI et de la Banque des règlements internationaux confirment que les pays aux banques centrales indépendantes connaissent une inflation plus contrôlée et une croissance plus stable. Si ce rempart cède, c’est toute la crédibilité de l’État économique qui vacille.

Face à cette dérive, les réactions sont fortes, et parfois surprenantes. Plusieurs figures républicaines modérées, comme l’ancien sénateur Pat Toomey et la cheffe d’entreprise Carly Fiorina, ont joint leurs voix à celles d’économistes renommés pour défendre l’indépendance de la Fed. Dans une lettre ouverte publiée lundi, une coalition diverse exhorte le Congrès à protéger la banque centrale contre toute tentative de mainmise politique. Ces appels rappellent que si les clivages idéologiques restent profonds, un consensus bipartisan subsiste sur certains fondamentaux économiques.

L’histoire américaine elle-même nous met en garde. Richard Nixon avait réussi, dans les années 1970, à influencer la Fed pour maintenir artificiellement les taux bas avant sa réélection, causant une flambée inflationniste durable. Ailleurs dans le monde, le Venezuela de Chávez et la Turquie d’Erdogan offrent des exemples où l’assujettissement des banques centrales aux dirigeants politiques a entraîné chaos monétaire et effondrement de la confiance. Ce danger n’est donc pas théorique. Il a des précédents, des conséquences et des coûts.

Protéger l’autonomie monétaire n’est pas une affaire de technocrates déconnectés du réel, mais une exigence de bonne gouvernance. Loin d’être un débat académique, cette question touche les ménages directement : elle influence le coût de leurs hypothèques, leur capacité d’épargner, la valeur de leur salaire réel. Lorsque la politique monétaire devient un instrument électoral, c’est le citoyen ordinaire qui paie la facture. Empathie et rigueur doivent guider notre réponse collective à cette dérive : défendre la Fed, c’est protéger notre pouvoir d’achat sur le long terme.

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