Avec sa nouvelle usine à Dorval, Bombardier s’engage à investir 100 millions de dollars dans une infrastructure de pointe dédiée à la fabrication de composants d’avions d’affaires. Ce projet créera environ 500 emplois, principalement en production et en ingénierie, et s’inscrit dans un mouvement de relocalisation partielle des activités après des années d’externalisation. Dans un contexte où l’industrie aéronautique reste un pilier de l’économie québécoise, cet investissement nourrit l’espoir d’un retour manufacturier. Cependant, la contribution gouvernementale de 35 millions $ soulève des questions fondamentales sur les retombées sociales réelles de ce type de partenariat public-privé.
Le Québec a investi sans relâche dans l’aéronautique depuis des décennies. Depuis 2000, ce sont plus de 4 milliards de dollars de fonds publics qui ont été injectés dans les grandes entreprises du secteur, selon une analyse de l’IRIS (2021). Et pourtant, une constante demeure : la reddition de comptes reste difficile à évaluer. Les engagements en matière de création d’emplois, de conditions salariales ou de chaînes d’approvisionnement locales sont souvent flous et non contraignants. Dans le cas de Bombardier, aucun détail public n’a été fourni sur les salaires offerts ou les protections sociales garanties aux futurs travailleurs de la nouvelle usine.
Aucune relance industrielle ne peut justifier l’absence de transparence. En contrepartie d’un soutien financier, l’État devrait exiger des conditions précises : des rapports annuels publics sur les salaires et les types d’emplois créés, des clauses de maintien de l’emploi à long terme, et des mécanismes de remboursement partiel advenant le non-respect des engagements. Le modèle scandinave, notamment en Norvège, offre des exemples où les aides étatiques sont assorties de balises claires et d’un suivi rigoureux. Pourquoi ne pas s’en inspirer ici?
Au-delà des chiffres, il faut écouter les ouvriers. Dans les derniers grands projets aéronautiques subventionnés, plusieurs syndicats ont dénoncé la précarité des postes créés et l’usage abusif des sous-traitants. Pour que le mot « investissement » ait un sens social, les emplois doivent être stables, décents, syndiqués lorsque possible. L’aéronautique contribue certes à notre PIB, mais elle se doit aussi de contribuer à la cohésion sociale. Or, cette responsabilité ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté des entreprises.
Il est temps de revoir notre rapport aux subventions industrielles. Plutôt que de perpétuer des logiques de sauvetage ou d’annonce, le Québec devrait intégrer des critères clairs de justice sociale et de performance économique. Un fonds public ne devrait pas servir d’écran de fumée à une croissance qui profite peu. Il devrait devenir un levier structurant, au service d’une économie plus équitable, plus durable. Empathie et efficacité ne sont pas incompatibles. Encore faut-il l’exiger.





