Trump a planté un drapeau sur les ruines encore fumantes du Clean Power Plan, sacrifiant une avancée climatique majeure sur l’autel de sa revanche autoritaire. Il n’a pas révisé la politique, il l’a exécutée. Un décret comme une gifle donnée au vivant, un crachat dans la figure des communautés en lutte. Le message est limpide : les profits des barons du carbone valent plus que l’avenir de nos enfants. Et nous voilà face au fantôme d’un empire qui s’accroche, pétrole au poing, à sa vision coloniale et extractiviste du monde.
Car ce n’est pas juste un retour en arrière. C’est une accélération violente, orchestrée depuis les entrailles des lobbys fossiles, où Exxon et consorts dictent la politique climatique comme on écrit une campagne publicitaire : mensongère, toxique, à grand renfort de greenwashing. Le CAP (Clean Air Plan) était imparfait, mais il frayait un minimum de chemin. Aujourd’hui, les centrales à charbon repartent, les pipelines s’étendent, et les communautés afro-américaines, autochtones, pauvres – en Louisiane, au Wyoming, au Dakota – étouffent dans cette apocalypse parfaitement planifiée.
Sur le terrain, la colère gronde. Des jeunes à New York bloquent les routes, les collectifs écoféministes de Tucson lancent des grèves climatiques, les protecteurs de l’eau sioux dénoncent déjà l’ombre d’un nouveau DAPL. Et partout, des alternatives émergent : coopératives énergétiques, reforestation communautaire, agroécologie urbaine. Pas juste des projets : des actes de résistance, des germes de rupture. « Nous ne voulons pas une place à leur table, on veut brûler la table », lance Aiyana, militante navajo, au mégaphone devant la Maison-Blanche.
Cet effondrement climatique américain n’est pas borné par ses frontières : il touche déjà le Québec, indirectement mais puissamment. Le Groenland, convoité par Trump pour ses ressources, est un miroir cruel de nos propres contradictions. Comment dénoncer l’impérialisme si on laisse Hydro-Québec inonder les territoires autochtones ? Le capitalisme vert ne sauvera personne. Il camoufle de nouvelles formes de spoliation sous des slogans pastel. Il nous faut une écologie populaire, radicale, enracinée dans la justice sociale et le territoire. Pas un développement durable, mais un soulèvement durable.
Le moment est venu, ici aussi, de sortir de la léthargie. D’arrêter de croire que le pire viendra demain : il est déjà là. Le Québec ne pourra pas prétendre à une quelconque dignité climatique tant qu’il reste complice d’un ordre mondial carbonisé. Inspirons-nous des luttes du Sud, de Standing Rock à Chiapas. Organisons nos quartiers, reprenons l’énergie, dénonçons les liens entre nos gouvernements et les empires fossiles. Le feu ravage, mais c’est aussi lui qui forge le poing. À nous de choisir si on s’incline ou si on s’enflamme.





