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Sommet du G7 : quand l’ego masque l’urgence planétaire

Mark Carney n’a pas été snobé par Donald Trump au G7 au Canada. Le premier ministre canadien a tenu à le préciser lui-même, comme si cette clarification méritait une conférence de presse. Pendant ce temps, au Sahel, des familles fuient les milices ; en Asie du Sud-Est, des ouvrières du textile attendent un salaire décent ; dans le Pacifique, des îles subissent déjà les effets de la montée des eaux. Mais à Kananaskis ou ailleurs, l’essentiel semble être de savoir qui serre quelle main, qui occupe quelle chaise, qui figure sur quelle photo officielle. Le théâtre diplomatique a ses codes, certes, mais quand la scène phagocyte le script, on assiste à une comédie de puissance où les figurants — nous, les peuples — payent le prix du spectacle.

Les sommets du G7 se suivent et se ressemblent : communiqués convenus, engagements vagues, poignées de main calculées. Pendant que Carney rassure sur son traitement protocolaire, les dossiers qui fracturent réellement la planète — accords climatiques insuffisants au regard des objectifs affichés, régulation du commerce des armes, évasion fiscale des multinationales — restent souvent en marge des discussions de fond. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) rappelle que plus de 120 millions de personnes sont déplacées de force dans le monde, un chiffre historique. Ces enjeux humanitaires peinent à s’imposer comme des priorités centrales des sommets. On préfère parler sécurité frontalière que protection humanitaire, compétitivité économique que justice redistributive.

Ce qui frappe dans cette mise en scène, c’est le décalage structurel entre l’urgence du monde et la lenteur des puissants. Pendant que Trump et Carney s’expliquent sur leur proximité ou leur distance symbolique, des coalitions du Sud global — de l’Alliance des petits États insulaires aux forums de la société civile africaine — multiplient les appels à l’action. Mais leurs voix peinent à franchir les cordons de sécurité des lieux où se tiennent ces sommets. Le G7 se veut un club des démocraties avancées ; il ressemble de plus en plus à un salon feutré où l’on discute entre soi, pendant que le reste de l’humanité cogne à la porte.

L’ironie, c’est que ces dirigeants se présentent comme garants de la stabilité mondiale, alors que certaines de leurs politiques alimentent les déséquilibres qu’ils prétendent régler. Des accords de libre-échange sont régulièrement critiqués pour leurs effets déstabilisateurs sur certaines économies du Sud, les coupes dans l’aide au développement fragilisent des systèmes de santé et d’éducation, et les ventes d’armes des grandes puissances continuent d’alimenter des conflits dont elles se disent préoccupées. Tout cela sous le vernis d’un multilatéralisme de façade. Oxfam rappelle régulièrement que les gains de richesse mondiale bénéficient de manière disproportionnée aux plus riches, pendant que les inégalités demeurent à des niveaux très élevés à l’échelle planétaire.

Alors oui, Mark Carney n’a peut-être pas été snobé. Mais les travailleurs migrants, les victimes de la crise climatique, les jeunes sans emploi du Maghreb, d’Amérique latine ou d’Asie, eux, le sont chaque jour par ces mêmes forums qui se gargarisent de leur propre importance. La diplomatie spectacle a ses limites : elle rassure les photographes, flatte les egos, remplit les carnets de bord officiels. Mais elle ne nourrit personne, ne protège personne, ne change rien aux rapports de force mondiaux. Tant que les sommets du G7 resteront des vitrines où l’on arrange des sourires plutôt que des structures, ils ne seront qu’un théâtre d’ombres — élégant, certes, mais profondément vide.

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