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Inflation alimentaire : profits record et précarité croissante

Depuis deux ans, les Canadiens assistent à une montée persistante du prix de leur panier d’épicerie. Selon Statistique Canada, les prix des aliments ont augmenté de plus de 18 % entre 2021 et 2023, une inflation bien supérieure à celle des salaires ou même de l’indice général des prix à la consommation. Pendant que de nombreuses familles réduisent leurs portions de fruits et légumes, certaines compagnies de l’agroalimentaire affichent des bénéfices records. Ce contraste soulève une question préoccupante : qui profite, en fin de compte, de cette crise?

Derrière ces hausses se cachent des facteurs complexes. Bien sûr, la guerre en Ukraine, les sécheresses, ou les interruptions de chaîne d’approvisionnement ont joué un rôle ponctuel. Mais les données financières montrent aussi qu’au-delà de ces perturbations, la concentration accrue du secteur alimentaire permet aux géants comme Loblaw, Metro et Empire d’accroître leurs marges bénéficiaires. Une analyse récente de RBC Capital Markets révèle que les marges nettes des grandes chaînes ont crû de 2 à 2,8 % depuis 2020, un bond notable dans une industrie historiquement à faibles marges.

Sur le plan social, cette inflation frappe de plein fouet les ménages à faible revenu. D’après une étude de l’Université de Toronto, plus de 18 % des Canadiens vivent aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire, un chiffre qui grimpe à 36 % dans les familles monoparentales. Alors que le coût du lait, des légumes et des céréales explose, les choix se restreignent, et le risque nutritionnel s’alourdit. Derrière les chiffres, ce sont des repas sautés, des enfants qui vont à l’école le ventre vide, et des mères qui priorisent leurs enfants sur leur propre assiette.

Face à cette situation, plusieurs économistes et groupes citoyens réclament des actions concrètes. Parmi les pistes : instaurer un impôt temporaire sur les profits excessifs du secteur agroalimentaire, mieux encadrer la transparence des prix, et soutenir les circuits courts et les plateformes coopératives de distribution. L’OCDE note d’ailleurs que des pays comme la France et l’Allemagne investissent massivement dans des mesures de résilience alimentaire locale, tout en imposant des régulations plus strictes sur la formation des prix à la consommation.

Empathie et données nous obligent à ouvrir le débat : comment assurer une alimentation saine et équitable dans un marché hautement concentré? Il ne s’agit pas de diaboliser les entreprises, mais de rééquilibrer le pouvoir au profit du droit à bien se nourrir. Dans un pays du G7, voir une telle précarité alimentaire alors que les dividendes croissent nous force à poser une question essentielle : à qui sert ce modèle économique, et comment pouvons-nous le réformer?

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