Cette semaine, Donald Trump a intenté une plainte fédérale contre JPMorgan Chase et son PDG Jamie Dimon, les accusant de manipulation de marché et de collusion avec l’establishment politique. Derrière les mots-chocs et les images de David contre Goliath, l’ex-président active une stratégie bien rodée : détourner la colère populaire par une mise en scène populiste de l’affrontement. Le milliardaire devenu tribun s’attaque à la haute finance, tout en évitant soigneusement de critiquer les mécanismes politiques et économiques qui lui permettent, à lui comme à Dimon, d’avoir prospéré.
Ce geste s’inscrit dans une longue série d’attaques ciblées contre les institutions – médias, tribunaux, banques centrales – visant à désigner un ennemi intérieur tout en consolidant un capital politique. Ironiquement, Trump et les grandes banques sont deux visages du même système : déréglementation, baisses d’impôts pour les plus riches, affaiblissement du filet social. Une étude de l’Economic Policy Institute montre que les hausses records de profits bancaires depuis 2020 – avec JPMorgan en tête – ont coïncidé avec une instabilité salariale et immobilière croissante pour la majorité des ménages américains.
Mais en personnifiant le débat (Trump contre Dimon), on évacue l’analyse structurelle. Les inégalités explosent non pas parce qu’un PDG réunissait des dîners à Davos, mais parce que depuis 40 ans, la régulation financière a été vidée de sa capacité d’arbitrage. Entre 1999 et 2023, selon la Fed, la part des profits du secteur bancaire dans le PIB américain a doublé, pendant que la richesse médiane stagnait. Pendant ce temps, la réforme Dodd-Frank a été érodée, et la SEC manque cruellement de moyens pour contrôler les grandes institutions financières.
Ce faux duel masque surtout un vide politique. Ni les populistes de droite, ni les technocrates centristes n’ont proposé une gouvernance économique réellement équilibrée. Pourtant, des pistes existent : taxer les profits exceptionnels des banques (comme l’a proposé l’UE en 2023), renforcer la représentation des salariés dans les conseils d’administration, ou imposer des normes ESG contraignantes. Ces mesures, bien que peu spectaculaires, s’attaqueraient aux vraies causes de défiance populaire : une économie perçue comme verrouillée par et pour une élite bien connectée.
L’affaire Trump vs JPMorgan n’est pas une révolution, c’est une pièce de théâtre. Mais notre défi journalistique reste le même : démêler la scène du système. Comprendre que derrière les clashs de façade, se joue une bataille plus large sur la direction que prend notre économie – et sur qui mérite réellement d’y exercer du pouvoir.





