Au Québec, un nombre croissant d’aînés choisissent de prolonger leur carrière, souvent par besoin plus que par envie. Pourtant, l’architecture fiscale actuelle les décourage vivement. Entre la récupération de la pension de la Sécurité de la vieillesse, l’imposition croisée du revenu d’emploi et la perte de crédits d’impôt, certains travailleurs de 65 ans et plus peuvent voir plus de 50 % de chaque dollar supplémentaire s’évaporer. Résultat : on punit fiscalement ceux qui contribuent encore à l’économie.
Une modélisation récente de l’Institut économique de Montréal montre que les incitatifs fiscaux actuels nuisent fortement au revenu net des aînés qui travaillent. Un préposé aux bénéficiaires gagnant 35 000 $ peut perdre jusqu’à 6 000 $ de prestations et crédits d’impôt s’il continue de travailler à temps partiel à sa retraite. Pour certains, cela signifie que reprendre un quart de travail revient littéralement à travailler pour presque rien. Une logique difficile à défendre dans un contexte de rareté de main-d’œuvre.
Le paradoxe est frappant : d’un côté, les gouvernements exhortent les retraités en santé à combler les postes vacants — dans la santé, l’éducation et l’alimentation —, tout en maintenant un système fiscal qui les en dissuade. Le vieillissement accéléré de la population rend pourtant cette participation essentielle. D’ici 2030, un Québécois sur quatre aura plus de 65 ans. Notre capacité à maintenir les services publics passe en partie par une meilleure intégration volontaire des aînés sur le marché du travail.
Des solutions existent, et plusieurs économistes les soutiennent : relever le seuil de récupération de la PSV, élargir le crédit d’impôt pour prolongation de carrière, ou encore instaurer un mécanisme de lissage fiscal pour éviter les effets de seuil abrupts. Les syndicats, de leur côté, réclament une réforme qui préserve l’équité sans forcer les gens à travailler plus longtemps. L’objectif commun : permettre à ceux qui le souhaitent de continuer à travailler sans se heurter à un mur fiscal.
Réconcilier soutien aux aînés et efficacité économique est possible, mais demande une refonte courageuse de notre fiscalité. Il ne s’agit pas de pousser les aînés au travail, mais de cesser de les pénaliser s’ils le font. Offrir des choix réels, sans pièges comptables ni découragements cachés, est un principe d’équité fondamentale. Et dans un Québec en quête de main-d’œuvre, c’est aussi une simple question de bon sens.





