À Ahuntsic, la Ville de Montréal vient de couper le ruban sur 45 unités modulaires destinées aux sans-abri. Une annonce présentée avec des sourires figés et des chiffres en vitrine. Mais derrière la façade, les fissures apparaissent. Le maire parle déjà de revoir le modèle — trop cher, dit-on. Pourtant, quand il s’agit de subventionner des condos de luxe ou d’agrandir des boulevards pour des SUV, les coffres municipaux s’ouvrent sans hésitation. C’est ça, le double discours qui ronge la ville : on tolère la misère, tant qu’elle ne coûte pas trop cher.
Sur le terrain, les voix sont claires. « Ce dont j’ai besoin, c’est pas juste quatre murs temporaires. C’est de la stabilité, un logement décent, du respect », nous dit Alex, résident de la rue depuis dix ans. Il n’est pas seul. De nombreux militant·es et personnes concernées dénoncent une approche qui traite les symptômes sans oser affronter les racines : spéculation immobilière, salaires précaires, désinvestissement chronique du logement social. Les « cabanes » modulaires sont un pansement sur une plaie béante. Et la plaie, c’est le capitalisme qui transforme l’habitat en marchandise.
Les comparaisons sont cruelles. À Toronto, vingt groupes d’unités modulaires ont vu le jour en trois ans — avec maintien à long terme. Là-bas, au moins, la reconnaissance du besoin permanent gronde plus fort. À Montréal, on fait du temporaire structurel. Et pendant ce temps, les listes d’attente pour les logements subventionnés dépassent les quinze mille ménages. Chaque unité promise devient une aumône médiatisée, alors que le droit au logement devrait être sacré.
La crise climatique n’attend pas. Nos hivers sont de plus en plus imprévisibles, violents, meurtriers. Dormir dans la rue, c’est risquer sa vie. Ces modules chauffés sont essentiels, vitaux — mais ils sont aussi un cri d’échec. Où est le courage politique pour penser au-delà de l’urgence ? Des collectifs comme FRAPRU ou Projet Autonomie militent déjà pour une refonte révolutionnaire : réquisition de bâtiments vacants, coopératives autogérées, quartiers écologiques hors marché. Parce que l’habitat, c’est plus que se loger : c’est appartenir au monde.
Il est temps de sortir du bricolage humanitaire. Ce que veulent les gens, ce sont des toits durables, des communautés vivantes, la fin de l’isolement. Tant qu’on traitera la pauvreté comme une dérive individuelle au lieu d’un échec systémique, on répétera les mêmes erreurs. À Ahuntsic, on a planté un campement en boîte. Plantons maintenant les graines d’un autre modèle. Radical, inclusif, enraciné. Contre les murs modulaires, dressons des fondations pour demain.





