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Inégalités économiques : Mamie contre le Dow Jones

50 000 points. C’est le sommet que le Dow Jones a embrassé cette semaine, porté par les algorithmes dopés à l’avidité. Pendant ce temps, à Longueuil, une octogénaire se bat contre une procédure d’éviction pour 217$ de loyer impayé. Qui célèbre, qui pleure? Le capital jubile, les chairs humaines s’effondrent. C’est cette fracture obscène — entre la spéculation dorée et la survie écorchée — qu’on ne peut plus tolérer, ni ignorer.

Ce n’est pas une erreur du système. C’est le système. Quand BlackRock possède plus de logements que d’arbres dans certains quartiers, quand les fonds de pension surfent sur la détresse des locataires, c’est que l’économie a cessé de servir l’humain pour ériger l’humain en variable. À la bourse, on applaudit les gains ; sur le trottoir, on étouffe d’angoisse. La financiarisation, c’est la poésie froide de l’argent qui expulse, efface, déshumanise.

L’affaire Cúram vient ajouter une teinte de dystopie à cette fresque déjà sinistre. Ce prestataire technologique devenu cas d’école de la privatisation délétère gère aujourd’hui nos services publics avec l’efficacité des machines et la chaleur d’un robot. Refus de réévaluer les besoins sociaux, bugs d’accès, erreurs de traitements automatisés : derrière chaque ligne de code, une vie fragilisée. On délègue la compassion à des algorithmes et on appelle ça modernisation. Non, c’est une abdication.

Le capitalisme technocratique est propre, lisse, sans visage — mais ses ruines sont peuplées. Des mères monoparentales privées d’aide sociale pour deux clics manqués. Des aîné·es menacé·es d’expulsion par courriel impersonnel. Le système nous exige performatifs, productifs et parfaitement compatibles. Et si tu ne rentres pas dans la case ? Tu t’effaces. Cette société qui voit des opportunités dans chaque crise mais jamais des personnes, nous rend collectivement moins humains.

Renversons l’équation. Que la vie prime sur le profit. Que l’économie retrouve le sens étymologique du mot : gestion du foyer commun. Imaginons une bourse du bien-être, un indice de justice sociale, un dividende universel d’empathie. Le changement ne viendra pas d’en haut : il faudra l’arracher. Dans la rue, dans nos textes, dans nos choix. Le Dow grimpe, certes. Mais c’est nos cœurs qu’il faut relever.

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