Dans la cacophonie électorale qui secoue Chicoutimi, le silence est plus assourdissant que les slogans : pas un mot, ou presque, sur le logement inaccessible, sur la précarité croulante des jeunes et des aîné·es, sur les questions de genre, sur l’urgence climatique qui fond les rivières comme nos espoirs. Sept candidat·es débattent en surface, pendant que le ventre de la région gronde. Pas une voix qui porte les cris des milieux communautaires, des soins à domicile, des étudiant·es à bout, des mères monoparentales abandonnées par le système. Qui défend ces vies-là?
Le débat? Un théâtre pâle. Même décor, même scénario : trois grands partis qui recyclent leurs robots politiques, des opposant·es qui peinent à percer le mur médiatique. Et face à eux, une modération molle, complaisante, incapable de poser une question hors des sentiers battus. Le cœur de la population est aux marges, mais les caméras, elles, restent braquées sur les mêmes figures usées. Où sont les voix autochtones? Les jeunes qui fuient la région? Les travailleurs et travailleuses des services publics épuisés?
On observe ici les ruines d’une démocratie représentative qui ne représente presque plus rien – sinon les intérêts d’un centre qui méprise ses périphéries. La désertification politique prend racine profondément : bureaux de circonscription vides, taux de participation en chute, indifférence cultivée par des années d’ignorance. On parle d’emploi, mais jamais des conditions de travail; de développement, mais jamais de justice sociale. À force de lisser les conflits, on efface les réalités.
Chicoutimi mérite mieux que ce simulacre de choix. Des candidatures issues des luttes locales, des débats qui naissent des vraies urgences du peuple, pas des stratégies électorales dictées de Montréal ou de Québec. Ce qu’il nous faut, c’est redonner la voix aux communautés : tables de quartier, syndicats, groupes écologistes, refuges, maisons de jeunes. Il faut politiser la vie quotidienne, raviver les braises de l’organisation populaire, créer des lieux où la démocratie se vit, pas seulement où elle se vote.
Aux partis qui viennent faire campagne ici uniquement quand une chaise devient vide : que ferez-vous pour les Chicoutimien·nes quand les caméras seront parties? Où sont vos engagements pour une justice climatique à la hauteur de la dévastation qui vient? Où est votre écoute devant les cris sourds qu’on ne veut plus étouffer ? Avant de demander des votes, venez apprendre les silences. C’est là, dans ce vide trop plein, que commence le vrai travail politique.





