Le métro gronde, les bus traînent, et l’air dans les wagons est aussi lourd que celui sur le palier d’un monde qui brûle. Tandis que le président fraîchement nommé de la STM tire la sonnette d’alarme en demandant plus d’« oxygène » financier, on entend surtout l’écho d’un système asphyxié par des années de négligence politique. L’écologie reste sur le quai, tandis que les discours vides foncent à toute allure dans le tunnel d’un capitalisme essoufflé.
Chaque projet d’électrification promis se dissout un peu plus dans le smog bureaucratique. Le plan de verdissement des bus ? Avorté. Le renouvellement des infrastructures ? Renvoyé aux calendes budgétaires. Pendant ce temps, les usager·ère·s collé·es contre les portes, clim en panne, attendent des jours meilleurs qui n’arrivent jamais. Derrière leurs gilets de sécurité et leurs micros en point presse, nos élu·es gèrent la crise comme une inconnue – alors qu’elle hurle depuis des décennies.
La fracture écologique épouse la fracture sociale. Il suffit de voir qui dépend vraiment du transport collectif : les personnes racisées, les travailleur·se·s du précaire, les étudiant·e·s sans marge. Ces corps fatigués supportent le poids d’un système économique qui tourne le dos au bien commun. Moins d’autobus, c’est plus de retard au job, plus de stress au logement, plus d’exclusion. L’austérité ne tombe jamais au hasard : elle frappe là où ça fait mal, sur les trajets quotidiens, sur la dignité en mouvement.
Ce n’est pas une panne technique. C’est une panne d’imagination politique. La transition écologique ne peut être l’appendice d’un budget, elle doit en être la colonne vertébrale. Mais pour cela, il faut cesser de croire qu’on sauvera la planète sans froisser les marchés. Il faut arrêter de financer des autoroutes pendant qu’on met les freins sur les tramways. Il faut, enfin, un courage qui dépasse les cycles électoraux et les feuilles Excel. Car à force de tergiverser, ce sont nos lendemains qu’on laisse à quai.
Ce qu’on réclame, c’est un plan massif et permanent pour le transport collectif, pensé comme un droit fondamental et un acte de justice climatique. Gratuité, électrification, accessibilité, gouvernance populaire : voilà les rails d’un futur possible. Tant que l’État laissera la STM mendier son oxygène au lieu de lui fournir un poumon, ce n’est pas seulement le service qui s’effondre, c’est notre avenir commun. Que les technocrates comptent leurs sous : nous compterons nos pas vers la rue.





