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Subvention serre Québec: InnoSerres et le vrai prix social

Québec injecte 10 millions de dollars dans une nouvelle serre de production à Lévis, opérée par InnoSerres. Si l’objectif annoncé est de stimuler l’agriculture durable et locale, les contribuables sont en droit de se demander quelle valeur sociale et économique ils recevront en retour. La participation publique à des projets privés peut être stratégique — encore faut-il qu’elle soit conditionnée à des retombées claires en matière d’emplois, de salaires décents et de respect de normes écologiques robustes.

Une lecture attentive des programmes précédents — pensons aux investissements dans Serres Toundra ou dans la zone agricole de Mirabel — montre une tendance inquiétante : plusieurs projets ont promis monts et merveilles, mais livré peu de données sur leurs résultats. En l’absence d’exigences de transparence sur le nombre d’emplois créés, leur qualité ou l’utilisation des fonds, ces subventions risquent de devenir des chèques en blanc. Pourtant, il existe des modèles plus exigeants, où chaque dollar public est lié à des indicateurs précis de performance sociale et économique.

La serre InnoSerres devrait donc s’inscrire dans une logique de reddition de comptes. Une grille de critères ESG (environnement, social, gouvernance) pourrait être rendue publique, incluant des engagements contraignants sur les conditions de travail, l’origine locale des aliments produits et les performances énergétiques. L’ajout de clauses de remboursement ou de pénalités en cas de non-respect de ces engagements renforcerait la crédibilité de l’intervention publique et favoriserait un alignement durable entre intérêts privés et bien commun.

Les comparaisons intersectorielles le confirment : dans l’industrie du jeu vidéo ou de l’aéronautique, les subventions sont parfois assorties de volets de formation, d’objectifs d’embauche locale ou de retours sur propriété intellectuelle. Pourquoi pas dans l’agroalimentaire? À moins d’un encadrement rigoureux, on risque de reproduire des erreurs coûteuses, où l’impulsion économique est captée par une minorité sans effets structurants durables pour la collectivité.

Injecter des fonds publics dans des serres innovantes peut clairement faire sens dans une perspective de sécurité alimentaire et de transition verte. Mais l’empathie ne dispense pas l’évidence : sans critères publics rigoureux et transparents, le risque est d’investir à perte. Au moment où chaque dollar compte, la rigueur budgétaire et l’impact social doivent aller de pair — pour faire de l’écologie économique un projet équitablement partagé.

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