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Quand Montréal remet en question ses pistes cyclables

Il y a dans la bicyclette une promesse presque naïve : celle d’une ville à échelle humaine, silencieuse, respirable. Chaque coup de pédale semble dire « voici un autre rythme possible ». Mais voilà que Montréal revoit ses pistes cyclables – non pas pour les renforcer, mais pour en questionner la légitimité, leur emprise, leur « utilité » hivernale. Sous prétexte d’évaluation, c’est une mise en suspens. Et quand la ville suspend, c’est souvent pour effacer.

Ce geste est plus qu’un ajustement technique. Il exprime une inflexion politique, une façon d’aménager la ville comme on ordonne le silence. Les infrastructures du quotidien – pistes cyclables, bancs publics, arrêts d’autobus – sont des phrases dans le texte urbain. Leur présence ou leur absence signifie. Ici, le retrait nous dit que la voiture reprend sa souveraineté. Nous vivons un moment d’entropie urbaine, où les choix de gouvernance trahissent un recadrage de ce qui fait « sens » dans l’espace public.

Renoncer aux pistes, même partiellement, c’est affaiblir la mobilité douce dans sa dimension éthique et symbolique. Car le vélo n’est pas seulement un moyen de transport : c’est un mot d’ordre – démocratique, écologique, émancipateur. Une ville qui facilite la circulation des corps non motorisés est une ville qui accepte le ralentissement, l’imprévu, la diversité des usages. Supprimer ces pistes, c’est comme éteindre une voix dans la polyphonie urbaine.

On ne débat plus ici uniquement de logistique – neige ou pas neige, achalandage ou pas. On touche à la manière même dont nous habitons le collectif. Comment dessine-t-on une rue qui inclut sans dominer, qui relie sans hiérarchiser ? Ces choix disent la manière dont le pouvoir perçoit ses administré·es : comme des citoyens ou des usagers, comme des participants ou des passagers.

La ville parle. Elle le fait par ses marges asphaltées, ses cicatrices de bitume, ses silences entre deux klaxons. Et aujourd’hui, Montréal semble dire que l’idéal porté par le cycliste – entre liberté et vulnérabilité – n’est plus sa priorité. Il est urgent de l’écouter à nouveau, de lire entre ses pistes ce qui subsiste d’un avenir possible où nos espaces publics seraient enfin, pleinement, partagés. Avant que la neige n’efface tout.

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