La Ville taille dans la chair vive. 250 postes supprimés, annoncés sous le vernis d’une “optimisation budgétaire”, alors que les cols blancs de soutien — secrétaires, employé·e·s administratifs, personnel de proximité — reçoivent la lame. Pendant ce temps, la haute hiérarchie municipale, elle, garde ses fauteuils payés en or public. C’est une guerre de classes douce, déguisée en gestion responsable. Mais derrière les chiffres, ce sont des corps épuisés, des services amputés, des quartiers populaires encore un peu plus oubliés.
« On nous appelle essentielles quand tout brûle, mais quand vient le temps de couper, on est facilement jetables », souffle Myriam, agente syndiquée dans un centre communautaire de l’est de Montréal. Ces coupes ne sont pas seulement des licenciements. Elles désorganisent des écosystèmes déjà sous tension — soutien à l’enfance, bibliothèques, logement social, maintien à domicile. Elles frappent plus fort là où le tissu social est déjà usé par des décennies d’austérité déguisée en réforme.
La logique néolibérale s’infiltre partout : on gère une ville comme une entreprise, on priorise les bilans comptables au détriment des êtres humains. Plutôt que d’embaucher dans les parcs, les bibliothèques, l’aide aux aîné·es, on préserve les postes de direction et de planification comme des sanctuaires. La hiérarchie est protégée, les services dévissent. La démocratie locale fond sous la glace froide des tableurs Excel.
Si Montréal prétend économiser 16 millions avec ces suppressions, ce sont les quartiers populaires qui paient la vraie facture. Moins de guichets ouverts, moins de soutien communautaire, plus d’attente, plus d’exclusion. La ville devient un territoire à deux vitesses : d’un côté les tours de condos, de l’autre les ruelles vides. C’est ça, la violence institutionnelle. Pas toujours brute, mais toujours ciblée.
Nous devons recoller les morceaux d’une municipalité qui se désintéresse des gens pour mieux servir les chiffres. À défaut d’être entendus dans les conseils municipaux, les murs prennent la parole : tagués de slogans, repeints de fresques qui crient contre le silence. Il est temps de résister, quartier par quartier, voix par voix. Parce que derrière chaque poste supprimé, il y a une fonction publique fragilisée, un Montréal qu’on abandonne progressivement. Et ça, on ne le laissera pas passer.





