La SQDC a engrangé 43,6 millions de dollars en trois mois. Une pluie dorée sur l’État québécois… mais pas sur les employé·es qui tiennent les comptoirs. Derrière les vitrines propres des succursales, ce sont des jeunes précaires, mal payé·es, souvent à temps partiel, qui assurent le « service public » du cannabis. On légalise, on encaisse, mais on néglige celles et ceux qui font tourner la machine.
La mission de la SQDC se dit double : santé publique et rentabilité. Mais quand les bilans triomphent sur le dos de conditions de travail fragiles, quel visage de la santé publique montre-t-on ? Une structure syndicale encore en chantier, des salaires à peine au-dessus du minimum légal, et une logique d’embauche court-termiste : voilà la gestion d’un fleuron étatique ? Ce n’est pas la République du cannabis, c’est le néolibéralisme en costume propre.
Ce paradoxe doit nous réveiller : on a nationalisé le cannabis, mais pas ses richesses. L’argent généré retourne à l’État, certes ; mais où sont les investissements dans les logements sociaux, les services de santé mentale, les programmes de réduction des méfaits ? La SQDC devient un tiroir-caisse — mais pour qui ? Pas pour les communautés stigmatisées pendant des décennies par la guerre à la drogue. Pas pour les travailleur·ses qui y laissent leur santé.
Et si on rêvait plus grand ? Une SQDC gérée coopérativement par ses employé·es. Un réseau décentralisé qui fait de la prévention, pas que du profit. Une redistribution des excédents vers les groupes communautaires, les autochtones criminalisé·es par le passé, les quartiers laissés pour compte. L’argent du cannabis n’a de légitimité que s’il répare, pas s’il reproduit les logiques capitalistes.
Il est temps de désherber l’institution : déraciner la logique marchande, replanter des modèles justes, équitables, radicalement démocratiques. Le cannabis public doit servir le bien commun, pas l’avidité budgétaire. Sinon, ce n’est qu’une autre version verte du vieux capitalisme d’État.





