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Conditions de travail SQDC : des femmes en première ligne face à l’injustice

Entre les vapeurs d’un cannabis légal soigneusement empaqueté et les chiffres mirobolants des profits de la Société québécoise du cannabis (SQDC), des centaines de voix restent muettes. Ce sont celles des conseillères en succursale, souvent jeunes femmes, souvent précaires, qui, jour après jour, servent une clientèle exigeante, au salaire minimum sans reconnaissance syndicale. « On fait tourner la machine, on répond à des gens anxieux, on est formées pour informer, pas juste vendre, et pourtant on est traitées comme si on ne faisait que scanner des codes-barres, » confie Leïla*, employée à Montréal depuis trois ans.

La récente annonce de profits nets de 43,6 millions $ pour le troisième trimestre 2025-2026 a soulevé plus de lassitude que de fierté dans plusieurs succursales. « Ce chiffre-là, c’est pas pour nous. C’est comme regarder un gâteau qu’on a cuisiné, mais dont on n’aura jamais une part, » lâche Amélie*, conseillère à Québec. Plusieurs évoquent un sentiment de dépossession : elles servent un service public, contribuent à la prévention des abus, mais restent exclues du dialogue social et de la véritable redistribution économique.

Dans les couloirs bruyants de certaines boutiques urbaines, la tension monte, en silence. « Des collègues ont quitté pour des burn-out. L’un après l’autre. Ce n’est pas le cannabis qui épuise, c’est de se sentir invisible, » témoigne Sarah*, en larmes discrètes lors d’un appel téléphonique tardif. Le décalage entre la mission de la SQDC – éducation, santé publique – et les conditions de travail vécues crée un profond mal-être. Une relation dysfonctionnelle à un employeur public qui, selon plusieurs travailleuses, « capitalise sur notre passion mais méprise notre dignité ».

Ce n’est pas qu’un conflit de travail : c’est le miroir d’un système qui reconnaît à peine le rôle des femmes en première ligne. La majorité des employé·es sont dans des postes dits temporaires, privés d’avantages sociaux, bien que les mêmes tâches soient effectuées semaine après semaine. À travers leurs récits revient un appel clair : être vues, entendues, respectées. Car elles ne demandent pas seulement de meilleurs salaires – elles demandent à ce que leur travail ait le même poids que les profits qu’il engendre.

Ces conseillères ne réclament pas la lune. Juste la justice. « Je suis fière de savoir que j’aide des gens à mieux consommer, à éviter le marché noir. Mais je ne peux plus le faire en m’oubliant », conclut Leïla. Dans un Québec qui se veut progressiste, il est temps de repenser la valeur réelle du travail au cœur de nos services publics. Parce qu’au bout des statistiques trimestrielles, il y a des femmes comme Leïla, Amélie, Sarah — et tant d’autres — qui méritent autre chose que le silence.

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