Depuis plus de deux ans, les négociations stagnent entre la direction de la Société de transport de Montréal (STM) et le syndicat représentant plus de 2 400 salariés de l’entretien. Techniciens, mécaniciens, électromécaniciens : derrière les gilets de sécurité et les horaires de nuit, il y a des femmes et des hommes essentiels au bon fonctionnement du métro et des autobus. Leur convention collective est échue depuis janvier 2022, et malgré la médiation, leurs revendications demeurent lettre morte. Salaires, horaires, sécurité… les griefs ne sont pas cosmétiques, ils touchent aux conditions fondamentales de travail.
Dans un réseau en constante pression – pannes fréquentes, retards, surcharge – le personnel d’entretien constitue l’ossature invisible du transport collectif. Alors que les investissements dans l’infrastructure se poursuivent, l’absence de revalorisation pour ces employés interroge. Selon le syndicat, le salaire d’entrée pour un mécanicien à la STM reste inférieur de 15 % à celui offert dans le secteur privé. Une statistique difficile à balayer quand on exige de ces mêmes ouvriers la haute disponibilité et la flexibilité imposée par un service public continu, y compris les soirs et fins de semaine.
Les tensions actuelles dépassent la simple négociation salariale. Elles révèlent une tendance plus large où le secteur public, jadis garant d’une stabilité valorisée, érode peu à peu ses promesses. Le recours accru aux sous-traitants dans certaines fonctions, par exemple, soulève des inquiétudes sur la pérennité des emplois syndiqués. De plus, avec l’inflation ayant grugé le pouvoir d’achat depuis 2021, l’enjeu devient aussi une question de dignité professionnelle. Comment motiver des équipes si l’institution elle-même semble oublier leur apport crucial à la mobilité urbaine?
Ce conflit n’est pas qu’un bras de fer : il pose la question essentielle de la qualité de nos services publics. Quand les conditions de ceux qui les maintiennent se dégradent, c’est l’ensemble du dispositif qui faiblit. Montréal dépend de son transport collectif pour réduire la congestion, atteindre ses objectifs climatiques, assurer l’accès équitable à la ville. Les travailleuses et travailleurs de la STM ne demandent pas des traitements de faveur, mais un ajustement réaliste et juste du contrat social. La négociation doit redevenir un espace de reconnaissance, pas un terrain de lassitude et de blocage.
Le rapport de force actuel, particulièrement biaisé en faveur d’un employeur public soumis lui-même à des contraintes budgétaires, mérite d’être repensé. Il est possible de concilier la rigueur financière avec l’équité sociale, à condition de ne pas perdre de vue la finalité humaine du service public. Un compromis durable passe par l’écoute active des réalités du terrain, appuyée de données crédibles et d’empathie concrète. À défaut de cela, c’est non seulement le climat de travail qui se détériore, mais aussi la confiance du public envers ses institutions.





