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Charles Milliard PLQ: un faux renouveau dénoncé

Il faut bien reconnaître au Parti libéral du Québec un certain talent pour le théâtre politique. Avec la nomination de Charles Milliard, nouveau chef façonné comme une réponse à la tempête, on nous rejoue le grand récit du renouveau. Mais le rideau se lève et, derrière les promesses de reconstruction, le décor reste étrangement désert. Aucun engagement sérieux pour affronter la crise climatique, aucune vision offensive contre l’augmentation aiguë des inégalités. Et dans les interstices du discours, cette langue politique usée jusqu’à l’os, qui psalmodie des mots creux dans l’espoir d’un frisson démocratique.

Milliard arrive avec le calme d’un gestionnaire, sourire appris, lexique dominical du « rassemblement » et de la « modernité ». Une esthétique du consensus, plus qu’un programme. On dirait un PDG parachuté dans une entreprise en déroute, chargé de réparer l’image, non de repenser le système. Mais gouverner, ce n’est pas faire du marketing pour idéologies réchauffées. Que signifie « réconcilier les Québécois avec le PLQ » si le contenu de cette réconciliation demeure une bulle sans gravité historique ?

Il y a, dans cette nomination, quelque chose de révélateur du moment politique : la conviction que le style peut remplacer la substance, que la syntaxe de la modernité dissimulera l’absence de courage. On flirte avec la parodie d’un renouveau qui ne s’incarne nulle part. Ni dans une équipe renouvelée, ni dans une politique climatique digne, ni dans une volonté d’agir contre ces fractures sociales qui sacrifient déjà une génération entière à l’austérité tranquille des technocrates.

Ce que trahit cette étrange danse autour du mot « renouveau », c’est une fatigue de sens. Le langage politique, chez nous, montre ses failles. Il devient gestionnaire du vide sémantique, incapable de nommer ce qui dérange. Dire « relance » sans affronter les causes d’un effondrement démocratique ; dire « rassemblement » sans tenir tête aux forces économiques qui disloquent ; dire « vert » sans jamais affronter le modèle extractiviste : voilà le théâtre verbal auquel on nous convie encore.

Comment s’étonner alors que l’électorat progressiste se détourne, las d’entendre, à chaque génération libérale, un chant sans substance ? Reprendre le pouvoir des mots passe par la lucidité critique. Milliard aurait pu être un nom à inscrire dans une nouvelle grammaire politique. Pour l’instant, il reste un emblème de plus d’une démocratie que l’on maquille plutôt que de la réanimer. Et dans ce miroir opaque, c’est notre besoin de sens, non le sien, qui implore un vrai sursaut.

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