Ils osent encore parler de mérite. De leadership. D’un « modèle qui fonctionne ». Pendant que les prix explosent, que les loyers étranglent, que les restos du cœur débordent, nos élites politico-économiques s’auto-congratulent à coups de bonus à six chiffres et de réformes fiscales sur mesure. Des visages lisses en conseil d’administration, des mains sales d’indifférence. La décence, ce mot qu’ils ont vidé de sa substance, gît sous les gravats d’un château de pouvoir construit sur la misère des autres.
Regardez les chiffres : les dix plus grands PDG français ont empoché l’année dernière plus de 100 fois le SMIC annuel. Pendant ce temps, à Marseille, des familles dorment sous des tentes derrière les hôtels de luxe rénovés grâce à l’argent public. On nous parle « d’équilibre budgétaire » pendant qu’ils empilent les stock-options. L’économie, dit-on, est en croissance. Mais pour qui ? Pour quoi ? Ce progrès-là est une farce, un conte pour endormir les peuples : celui qui croit qu’on peut parler d’avancée pendant qu’on piétine les droits fondamentaux.
Ce n’est pas une crise, c’est un hold-up : moral, social, vital. Quand un système récompense le pillage et punit la solidarité, il ne s’agit plus d’un dysfonctionnement, mais d’une logique. L’austérité pour les uns, l’abondance pour les autres. Et à ceux qui hurlent contre « l’envie », on répondra : ce n’est pas l’envie qui gronde, c’est la colère de vivre sous un ciel tenu par des ficelles d’or. Nous ne voulons pas leur luxe, nous voulons la dignité pour toutes et tous.
Face à ce cynisme institutionnalisé, il nous reste la mémoire et l’élan. La mémoire des communards, des grévistes, des gilets jaunes, des zadistes, des exilé·e·s en lutte pour un morceau de terre à habiter avec dignité. L’élan des cantines solidaires, des squats réhabilités, des caisses de grève, des marches féministes. Ces foyers de décence réelle, insoumise, populaire. Là où la vie vaut plus que le profit. Là où on protège les corps, les liens, les rêves. Là où le bien commun n’est pas un slogan, mais une pratique quotidienne.
Alors réhabilitons la décence. Non comme une morale poussiéreuse, mais comme un cri, une exigence, une révolution lente et tenace. Réclamons une justice qui ne calcule pas en dividendes. Organisons l’insubordination face à l’indécence en cravate. Écrivons ensemble une autre économie : une qui ne laisse personne dehors, une qui refuse l’humiliation comme moteur, une qui appelle chaque être humain à compter. Exposons la pourriture du sommet, pour mieux faire germer le printemps des bas-fonds.





