Alors que de plus en plus de ménages québécois voient leurs primes d’assurance grimper d’année en année, les plus grandes compagnies d’assurance affichent des bénéfices records. Ce contraste soulève une question essentielle : comment expliquer que le coût de protection augmente pour les citoyens alors que les assureurs n’ont jamais généré autant de profits ? Il est crucial de comprendre ce paradoxe non pas à travers l’émotion, mais en analysant les chiffres et les mécanismes économiques à l’œuvre.
La tarification des assurances repose sur une gestion actuarielle du risque : les événements climatiques extrêmes, la hausse des coûts de réparation et une densification urbaine modifient l’exposition globale au risque. En réponse, les compagnies rehaussent les primes pour maintenir leur rentabilité. Mais ce calcul s’appuie aussi sur une logique commerciale, où les grandes firmes augmentent les marges là où la demande est inélastique — c’est-à-dire là où les consommateurs n’ont guère de choix. Résultat : les hausses dépassent parfois ce que les sinistres justifieraient réellement.
En 2025, les primes moyennes d’assurance habitation ont grimpé de plus de 10 %, selon les données de l’Autorité des marchés financiers. Dans le même temps, les assureurs canadiens ont connu une rentabilité moyenne supérieure à 15 %, bien au-delà des standards historiques du secteur. Ce décalage nourri par une concentration croissante du marché — les cinq plus grandes compagnies raflant désormais les deux tiers des parts — réduit la concurrence et nuit directement aux consommateurs, notamment ceux des classes moyennes et populaires pour qui l’assurance devient un fardeau budgétaire de plus.
Au-delà des chiffres, c’est une certaine conception du risque qui est en jeu. Dans un modèle purement privé, le risque est monétisé, individualisé, et parfois même pénalisé, comme en témoignent les primes qui explosent dans les quartiers vulnérables ou les zones exposées aux inondations. Ce système laisse peu de place à des formes de solidarité sociale face aux aléas climatiques, économiques ou sanitaires. Il interroge notre rapport collectif à la sécurité et à la prévoyance dans un contexte où les catastrophes tendent à devenir la norme plutôt que l’exception.
Face à cette réalité, des solutions hybrides émergent ailleurs : mutualisation des risques à l’échelle publique, régulation plus stricte des hausses de primes, transparence accrue sur la formation des tarifs. L’État peut jouer un rôle pour rééquilibrer un marché jugé trop favorable aux assureurs. La réassurance publique, par exemple, fonctionne déjà dans plusieurs pays pour amortir les chocs liés aux événements extrêmes. En somme, il ne s’agit pas d’opposer public et privé, mais de rappeler qu’en matière d’assurance, comme ailleurs, l’équité exige parfois que le risque soit redistribué.





