À chaque coin de rue, les mêmes scènes répétées comme un mauvais rêve : des files de voitures s’étirent devant des stations-service bondées, pendant que les prix du carburant s’envolent sous prétexte d’une guerre que personne ici n’a choisie. La flambée soudaine n’a rien d’un mystère : l’escalade entre Washington et Téhéran transforme le détroit d’Ormuz en terrain de spéculation décomplexée, et ce sont les travailleurs canadiens qui encaissent l’onde de choc. Dennis, chauffeur-livreur de nuit, me lâche d’une voix lasse : “Je fais tourner le moteur pour nourrir mes enfants, mais là j’ai l’impression que chaque plein me retire un repas.” Le conflit n’a pas encore traversé l’Atlantique, mais son coût, lui, s’invite déjà dans les portefeuilles les plus fragiles.
Qu’on ne s’y trompe pas : cette crise n’est pas une fatalité géologique ni un accident du marché. C’est le résultat direct d’un impérialisme qui préfère menacer l’Iran plutôt que d’assumer sa dépendance au pétrole qu’il prétend pourtant vouloir dépasser. Chaque missile tiré par les États-Unis fait grimper le baril avant même d’atteindre sa cible, transformant la géopolitique en casino géant où les multinationales misent sur la peur. Pendant que les traders célèbrent, les familles se ruinent. Les économistes l’appellent “anticipation des risques”, moi j’appelle ça vampiriser la classe populaire au nom d’un ordre mondial déjà fissuré.
Et au Canada ? Silence radio ou presque. Les ministres s’agitent devant les micros pour jurer qu’ils “surveillent la situation”, mais personne n’ose prononcer les mots qui fâchent : complicité, dépendance, lâcheté politique. Ottawa continue de jouer les élèves modèles au sein des alliances occidentales, incapable de dénoncer les marches guerrières de l’empire américain, incapable d’admettre que notre économie reste enchaînée à un pétrole dont la volatilité menace chaque foyer. Ce refus d’assumer une position claire ressemble à une trahison lente, bureaucratique, mais réelle.
Dans les garages, les usines et les chantiers, le prix du carburant est plus qu’un chiffre : c’est un couperet. Sarah, travailleuse en entrepôt, explique qu’elle a dû annuler ses visites chez sa mère parce que ses déplacements lui coûtent deux heures de salaire. D’autres racontent des horaires réduits, des contrats avortés, des factures impayables. Cette hausse, pourtant justifiée par les experts comme un “ajustement inévitable”, révèle surtout notre vulnérabilité collective face aux tensions lointaines. Une société vraiment souveraine ne laisserait pas une crise géopolitique étrangère dicter le prix pour aller travailler, se soigner, vivre.
Alors oui, il est temps de cesser de subir. De reconnaître que le vrai sabotage vient de ceux qui ont préféré le pétrole aux gens, la guerre aux solutions, l’Empire à la justice. De refuser cette économie carbonisée qui nous tient en otage et d’exiger une transition énergétique radicale, publique, planifiée, populaire. Pas un gadget vert pour appeaser les actionnaires : une transformation totale, pensée par et pour les communautés. Si le détroit d’Ormuz peut mettre le pays à genoux, c’est qu’on a trop tardé. Il est temps d’allumer l’incendie inverse : celui qui brûle les vieilles dépendances et ouvre un futur qui ne se marchande pas au prix du baril.





