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Quand la transition écologique oublie les gens

On nous répète que la transition écologique est inévitable, qu’elle sera douloureuse mais nécessaire, qu’il faut choisir entre sauver la planète ou sauver l’économie. Ce chantage permanent masque une violence plus sourde : celle d’une écologie pensée depuis les bureaux ministériels, loin des sols meurtris et des vies suspendues. Quand l’État et les entreprises jurent qu’ils préparent un « futur durable », ils oublient trop souvent celles et ceux qui devront en payer le prix. La transition ne devrait pas être une sentence, mais un horizon commun. Pourtant, à chaque fois que le capitalisme repeint ses logiques d’exploitation en vert, les mêmes corps servent d’amortisseurs — travailleurs précarisés, familles expropriées, territoires sacrifiés.

Le scandale de Nemaska est devenu l’un de ces miroirs cruels où se reflètent nos contradictions. Une mine de lithium censée incarner la « révolution verte », vendue comme une solution miracle pour les batteries et la mobilité propre, s’est transformée en fiasco industriel, en trou béant dans les finances publiques et dans la confiance collective. Derrière les chiffres et les communiqués triomphants, il y avait des travailleurs mis au chômage du jour au lendemain, des communautés promises à un développement qui n’est jamais venu, des terres que l’on a voulu remodeler sans demander leur avis à celles et ceux qui y vivent. C’est ça, le capitalisme vert : la promesse d’un avenir propre construite sur les mêmes bases sales que d’habitude.

On nous vend l’idée que le marché saura résoudre la crise climatique, que l’innovation suffira, que les investisseurs seront nos sauveurs. Mais l’écologie ne se privatise pas. Elle ne prospère pas dans les logiques de spéculation. Quand l’État se contente de subventionner les projets privés les plus clinquants sans réelle planification, il troque son rôle de garant du bien commun pour celui de sponsor de l’industrie. Les milliards injectés dans des projets comme Nemaska auraient pu servir à renforcer les réseaux publics, à financer la rénovation énergétique des logements populaires, à soutenir les filières locales de production. Au lieu de ça, ils ont alimenté les rêves d’un marché incapable de penser autre chose que le profit immédiat.

Il est temps d’affirmer clairement qu’une transition écologique digne de ce nom doit être pilotée publiquement, démocratiquement, collectivement. Pas dans le secret des appels d’offres, mais dans des assemblées de territoire. Pas dans des conseils d’administration blindés de lobbys, mais dans des espaces où les habitants, les syndicats, les scientifiques et les mouvements écologistes décident ensemble. Pas avec la logique extractiviste qui dévore les ressources et fracture les communautés, mais avec une vision qui prend soin des sols, des forêts, des humains. Nous n’avons pas besoin d’un capitalisme repeint en vert ; nous avons besoin d’un changement de cap radical qui redonne du pouvoir au peuple.

Et au centre de tout cela, il y a les travailleurs. Ceux que l’on accuse parfois d’être des obstacles à la transition, alors qu’ils en sont les premières victimes et pourraient en être les premiers artisans. Une politique climatique qui les laisse au bord du chemin est vouée à l’échec. Une politique qui les associe, qui sécurise leurs emplois, qui leur donne les moyens de se former et de décider, peut devenir une force irrésistible. La justice climatique et la justice sociale ne sont pas deux combats séparés : elles respirent ensemble. Tant qu’on l’oubliera, les fiascos comme Nemaska continueront de se répéter. Il est temps de prendre une autre route — celle où l’on ne sacrifie plus personne.

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