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Démocratie interne: critique d’un pouvoir en petit comité

Vingt mille membres pour décider du prochain premier ministre: il suffit de regarder ce chiffre pour sentir un vertige démocratique. On parle d’un pays où des millions de voix s’entrechoquent, mais où une poignée d’adhérent·es — souvent les plus fidèles, les plus discipliné·es, les plus trié·es sur le volet — auront la main sur la trajectoire politique du Québec. C’est le théâtre réduit d’une formation qui prétend gouverner pour tous, mais qui ne laisse entrer presque personne dans la salle où se joue l’avenir.

La CAQ nous vend ce processus comme une belle démonstration d’engagement citoyen. Pourtant, derrière le discours d’ouverture, c’est une mécanique fermée qui s’enclenche. Un parti au pouvoir qui choisit son chef à huis clos, sans primaire élargie, sans consultation publique réelle, sans même un effort pour toucher les milieux populaires qu’il prétend représenter. On se retrouve devant un rituel interne, soigneusement verrouillé, où la politique se pratique entre initié·es — et où le reste de la population regarde la fumée blanche sans jamais avoir été invité à voter.

Comparons: ailleurs, on débat, on confronte, on organise des primaires ouvertes où des dizaines de milliers, parfois des millions de personnes, façonnent le leadership. Ici, on applaudit un modèle qui ressemble à un club privé. Même les partis traditionnellement élitaires ont compris que la légitimité se construit par l’élargissement, pas par la contraction. La CAQ, elle, semble préférer la consigne silencieuse à la délibération vivante. Comme si la démocratie n’était qu’un filtre à resserrer plutôt qu’un espace à élargir.

Le risque, il est clair: un chef choisi par 20 000 personnes peut facilement se croire porteur d’un mandat populaire… alors qu’il n’a été adoubé que par une microscopique fraction de la société. Cette fracture nourrit la méfiance, creuse la distance entre la base partisane et la population réelle, celle qui vit la crise du logement, celle qui se bat contre l’austérité climatique, celle qui subit les déserts médicaux. Quand les décisions viennent d’un cercle restreint, elles finissent par avoir l’odeur confinée des pièces où elles ont été prises.

Il est temps de le dire franchement: si un parti veut prétendre incarner la volonté collective, il doit ouvrir ses portes, démultiplier les voix, inviter le public à façonner le pouvoir plutôt qu’à l’endurer. On ne sortira de ce marasme démocratique qu’en repensant nos mécanismes internes, en construisant une politique participative, horizontale, où chaque citoyen·ne a réellement quelque chose à dire. La démocratie n’est pas un privilège de membre: c’est un muscle collectif, et au Québec, il est grand temps de le réentraîner.

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