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Comment la semaine de quatre jours redéfinit le travail au Sri Lanka

Quand le Sri Lanka annonce qu’il passe officiellement à une semaine de travail de quatre jours, ce n’est pas par goût de l’avant-gardisme scandinave mais par nécessité crue. Dans l’île, le prix des carburants — déjà instables depuis la crise économique de 2022 — repart à la hausse, et le gouvernement cherche désespérément à réduire une facture énergétique qui siphonne ses maigres réserves. Offrir un jour chômé supplémentaire devient soudain un outil de gestion macroéconomique : moins de trajets, moins de consommation d’essence, moins de pression sur un réseau électrique constamment sous tension. Une réforme sociale par contrainte budgétaire, en somme, mais qui pourrait accoucher d’un précédent mondial venu du Sud.

Le Sri Lanka n’est évidemment pas seul à expérimenter ce modèle, mais son entrée dans le club des quatre-jours surprend par ses motivations. Là où l’Islande, la Belgique ou encore certaines entreprises japonaises ont avancé des raisons de productivité ou de bien-être, Colombo parle surtout de carburant, d’efficacité énergétique et de coût national. Ironie de la globalisation : ce que le Nord appelle « innovation managériale », le Sud le met en place pour éviter la faillite. Et pourtant, sur le terrain, les ONG locales que j’ai jointes rappellent que les travailleurs sri-lankais ne sont pas dupes — ils espèrent surtout que cette contrainte énergétique forcera enfin un débat sur leurs conditions de travail chroniquement précaires.

Reste à comprendre si cette mesure peut réellement produire les effets attendus. Selon des économistes régionaux, la réduction d’un jour de déplacement représente une baisse notable de la consommation de carburant, surtout dans un pays où les transports publics sont saturés et le recours aux deux-roues motorisés massif. Côté bien-être, les enquêtes menées dans d’autres pays montrent une amélioration de la santé mentale et une diminution du stress, particulièrement pour les travailleurs urbains. D’un point de vue environnemental, l’impact pourrait être significatif : moins de trafic signifie aussi moins d’émissions dans une région déjà vulnérable aux effets du changement climatique. Et si, par un heureux renversement, une réforme née de la crise finissait par créer un précédent positif pour le climat ?

Ces choix, d’apparence locale, disent quelque chose de plus large : le futur du travail se fabrique aujourd’hui dans un patchwork d’expériences, souvent aux marges du système économique global. Le Sri Lanka rejoint un mouvement mondial où les attentes des travailleurs, les limites environnementales et la fragilité économique convergent vers une remise en question du « cinq jours, huit heures » hérité du XXe siècle. Entre un monde où les crises énergétiques s’intensifient et un autre où la pénurie de main-d’œuvre modifie le rapport de force, la semaine de quatre jours devient un laboratoire autant qu’un révélateur d’inégalités internationales. Comme le résume une syndicaliste sri-lankaise : « Ce que les élites appellent flexibilité, nous l’appelons survie ».

Et chez nous, au Québec ? L’idée circule déjà dans certaines entreprises, mais on reste loin d’une généralisation. Pourtant, la province, avec ses longues distances, sa dépendance à l’automobile et sa quête de rétention de main-d’œuvre, pourrait tirer parti d’un modèle hybride inspiré du Sud global. Adapter la semaine de quatre jours dépendra autant des choix politiques que du rapport de force syndical. Si le Sri Lanka nous apprend quelque chose, c’est qu’aucune réforme du travail n’est déconnectée des réalités matérielles : énergie, transport, inégalités. Et peut-être que, dans un futur pas si lointain, la prochaine grande réforme sociale venue du Sud forcera le Nord à revoir ses certitudes — pour une fois dans la bonne direction.

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