Quand Goldman Sachs s’empare de QScale, ce n’est pas juste une transaction financière: c’est un territoire qui bascule. Une part du Québec numérique file vers l’empire bancaire, avalée dans un geste sec, presque routinier, comme si la souveraineté technologique n’était qu’une ligne de plus dans un prospectus d’investissement. On nous répète que ce n’est que du capital frais, mais sur le terrain, la population voit autre chose: un morceau de futur qui change de mains sans débat public.
Parce que les centres de données, ce ne sont plus des entrepôts silencieux pour serveurs fatigués. Ce sont nos nouveaux barrages – voraces, stratégiques, branchés directement dans les artères d’Hydro‑Québec. Ils aspirent de l’énergie pour alimenter les monstres numériques qui gèrent nos communications, nos identités, nos infrastructures. Qui contrôle ces forteresses contrôle nos flux vitaux. Et aujourd’hui, la réponse n’a plus la moindre trace de fleur de lys.
L’ironie se mord la queue: alors que le gouvernement sermonne les ménages sur la sobriété et hausse le prix du quotidien, il déroule le tapis rouge à des investisseurs étrangers dont la logique est simple: extraire, accumuler, repartir. Aucune balise sérieuse, aucun contrôle démocratique sur l’usage de notre électricité publique, aucune réflexion sur l’impact long terme. On sacralise le marché, et on laisse la collectivité absorber la facture, encore et encore.
Dans les files de banque alimentaire, dans les logements trop chers et trop froids, les gens me le disent: «On se fait voler en plein jour.» Ils voient la privatisation rampante qui s’infiltre partout, du logement aux données, des terres agricoles aux tunnels énergétiques. Cette vente de QScale n’est qu’un domino de plus dans une longue chute où le public perd, où le privé gagne, où l’injustice se renforce comme une habitude nationale.
Alors la vraie question reste suspendue, lourde comme une digue fissurée: qui aura le courage politique de reprendre le contrôle? D’imposer des règles claires, de défendre le bien commun, de dire non quand les géants frappent à la porte? Pour l’instant, silence. Mais dans les assemblées citoyennes, dans les collectifs qui se lèvent, une phrase revient: «Si nos barrages numériques deviennent privés, notre avenir le devient aussi.» Et ce cri-là commence à résonner.





